Aborym
With No Human Intervention
Code666 Records
Black Metal Cybernétique
2003
Combo italo-suédo-norvégien formé au milieu des années 90, Aborym s'est taillé une petite réputation dans le milieu avec son "hard alien black industrial metal" (c'est le groupe qui le dit), et sort en 2003 son troisième méfait, après "Kali Yuga Bizarre" en 1999 et "Fire Walk With Us" en 2001. Votre humble serviteur ayant découvert le groupe avec le gigantesque "Generator" dont il porte encore la marque au fer rouge profondément imprimée dans la mâchoire, c'est à retardement que la découverte de ses prédécesseurs se fait. Avant d'entamer la chronique de cette offrande, il serait peut-être judicieux de signaler la présence sur cette galette d'une personnalité emblématique du black metal... Si je vous dit "braillements désincarnés" et "De Mysteris Dom Sathanas", ça fait tilt ? En effet, entre 1999 et 2005, la voix d'Aborym n'est autre que celle de l'actuel vocaliste de Mayhem, à savoir le sieur Attila Csihar. On pourrait aussi mentionner la présence de Seth Teitan aux guitares, futur (et maintenant ex-) Dissection, et rendre honneur au reste de l'équipe, à savoir Malfeitor Fabban (basse, synthé, programmation) et Nysrok Infernalien Sathanas (guitares, synthé, programmation). La présentation étant faite, place à la musique.
Une courte introduction (samples électroniques et voix d'enfant) ouvre le bal avant que le morceau titre surgisse pour nous administrer une baffe. La boîte à rythme est poussée à bloc, alignant des blasts mécaniques et cliniques d'un bout à l'autre, les guitares balancent leurs riffs froids sans retenue tandis que des sonorités indus font irruption dans le spectre sonore pour mener le black metal d'Aborym d'une une main de fer, le tout étant surmonté par les vocaux particulièrement dégueulasses, tantôt complètement hallucinés, d'un Attila égal à lui-même. En quelques minutes le décor est planté : "With No Human Intervention" dépeint un monde futuriste aux reflets cyberpunk où Satan (histoire d'être original) a pris le pouvoir sur l'humanité par le biais de l'informatique omniprésente et omnipotente, la robotisation, les manipulations génétiques et autres joyeusetés (le vilain). L'atmosphère post-apocalyptique qui se dégage de ce black indus est telle que nous le suggère l'artwork, le disque oscillant entre morceaux à la cyber-violence glaciale et tranchante et interludes technoïdes ("Does Not Compute" composé avec des samples d'usine, "Chernobyl Generation" dans une veine presque trance, l'outro "Automatik Rave'olution Aborym").
Mais le spectre musical du combo se veut plus large qu'un accouplement black/indus et va à plusieurs reprises effleurer des rivages death (le riff bien plombé et quasi-Morbid Angelien sur "Faustian Spirit of the Earth") ou visiter la contrée Black Symphonique pour y chercher quelques épices et revenir saupoudrer la galette de quelques nappes de claviers aux arômes grandiloquents (le break au clavecin sur "Digital Goat Masque", les choeurs dispersés ça et là...). Le groupe va même jusqu'à incorporer quelques petites touches de folie, relevant d'un goût douteux (les cris d'une femme qui se fait plaisir pendant les longues dernières minutes de "The Triumph") ou du délire le plus total (le final de "Me(n)tal Striken Terror Action II"). À noter enfin l'apparition de Natterfrost, leader de Carpathian Forest, sur "The Alienation of a Blackened Heart", et la participation de Bard G. Eithun alias Faust (ex-batteur d'Emperor) à l'écriture des textes.
Tous les ingrédients étant soigneusement réunis, à quoi ressemble le met final ? À du black indus bien ficelé qui réserve son lot de surprises, de riffs accrocheurs et d'ambiances futuristes poisseuses, mais qui se révèle au fil des écoutes assez linéaire, peut-être du fait de sa longueur (60 minutes, c'est peut-être un peu long...), de la formule "boîte à rythme à toute berzingue + gros riffs speedés ou plombés + samples électroniques et claviers + vocaux crades" certes intéressante mais ici exploitée de manière plutôt répétitive, ou de ces interludes technoïdes que l'on finit par zapper systématiquement...
Aborym signe donc là un "With No Human Intervention" de très bonne facture mais qui se savoure à petites doses sous peine de voir s'installer une certaine lassitude. Ceux qui, comme moi, ont découvert le groupe avec la tuerie absolue qu'est "Generator" et qui surpasse son prédécesseur en tout point (dans une veine plus symphonique/martiale et moins technoïde), apprécieront sans peine cet opus ; ceux partis en quête d'un black encore plus déjanté et vicieux se tourneront vers les deux dernières offrandes des Norvégiens de Dodheimsgard.
1. Antichristian Codec
2. With No Human Intervention
3. U.V. Impaler
4. Humechanics-Virus
5. Does Not Compute
6. Faustian Spirit of the Earth
7. Digital Goat Masque
8. The Triumph
9. Black Hole Spell
10. Me(n)tal Striken Terror Action II
11. Out of Shell
12. Chernobyl Generation
13. The Alienation of a Blackened Heart
14. Automatik Rave'olution Aborym