Ade Fenton
Artificial Perfect
Submission Records / Universal Music
electro-rock à la NIN et trip-hop à la Morcheeba
2007
Que tous les détracteurs des récents Nine Inch Nails écoutent ce disque. Non pas pour y retrouver le brio de « Wish » (dont le dernier titre, « Machine », reprend sans vergogne la ligne introductive de batterie !) ou de « The Downward Spiral », mais bien pour qu’ils comprennent que Trent Reznor, même s’il n’est plus au faîte de son art, reste un compositeur très largement recommandable.
Ade Fenton est présenté par sa maison de disque, par des journalistes et par quelques amis comme officiant dans un registre similaire et ce premier album (après de bonnes années en tant que DJ ou comme « producteur ??) devait nous scotcher.
Plusieurs écoutes sont donc nécessaires, me disais-je, mais las ! Il est exact que le travail de programmation est élaboré, les sous-couches sont nombreuses, organiques à souhait (« Truth » et sa basse vicieuse, ses notes dansantes qui surplombent, un poil triturées pour montrer qu’on en a sous la patte, les breaks calmes envahissent les pistes dans une forme devenue classique. Reste que les parties violentes sont bancales (Gary Numan beuglant « Your God is guilty, your god is nothing… », je n’y crois pas un instant !), que les riffs restent ternes. L’emballage est soigné, mais les idées principales manquent de présence. « One Day » a des tentations symphoniques non poussées, on s’arrête en chemin pour virer vers l’habituelle nappe de bruit synthétique et le titre est bouclé en moins de trois minutes : mouaif ! Ade Fenton reconnaissant que sa voix n’a pas les qualité requises, il s’est entouré et la caractère moyen de ce disque incombe en partie à Gary Numan, à mon sens… Prenons « Healing » : sa voix est plus belle que jamais, doucereuse, sensuelle, langoureuse et tout, mais elle flotte. Elle ne colle pas au morceau, les effets s’accumulent (superpositions multiples) au gré d’une musique qui va en forçant et Gary Numan reste en retrait là où on attend un climax. Le morceau s’achève dans le vide. On n’a pas eu l’explosion ! Ade Fenton n’a-t-il pas osé pousser son ami ? D’autant que le refrain de « Slide Away », après des couplets marqués par la langueur, souffre du même phénomène de retrait.
La réussite semble plus évidente, mais dans un tout autre registre, celui du trip-hop à la Morcheeba, quand Helen Tilley entonne « Everything Changes » ou « Burn » et son piano introductif (avant des refrains plus à la Senser). Quelques autres morceaux sortent du lot : « Truth » et sa basse vicieuse, ses petites notes égrenées pour remuer lascivement, sa voix murmurée… mais son break ralenti manque de puissance. « Recall » choisit une option plus calme, qui vire même vers du Pink Floyd et sied davantage au projet. Les pistes y sont plus évidentes, sans remplissage superflu : batterie, synthé, voix, guitare. Ce n’est que progressivement que le morceau se peuple, devient habité et vit véritablement.
Ce n’est qu’un premier album (quoi que Ade Fenton n’en soit pas à sa première apparition !), la suite permettra peut-être d’y voir autre chose qu’un faux-jumeau, d’autant plus que les thèmes abordés par le duo me plaisent et que l’écriture reste élégante. Toutefois, à l’aune de cette nouvelle écoute, je vais me réécouter le « Noisy Pipes, Lovely Noises » de nos Sin nationaux, un premier album de 1998, bien plus inventif.
1. The Leather Sea
2. Truth
3. Healing
4. Everything Changes
5. One Day
6. Recall
7. Slide Away
8. Burn
9. Machine