"The Golden Foretaste Of Heaven" est s'>

Alec Empire


The Golden Foretaste Of Heaven


Eat Your Heart Out


noisy new wave / electro-rock


2008




Les développements solitaires d’Alec Empire ont abouti à des disques aussi expérimentaux qu’une collaboration avec Merzbow (le "Live CBGB's NYC 1998") comme ils ont laissé percer les sensibilités plus rock de l’ex-leader des défunts et extrêmes bruitistes Atari Teenage Riot (le mitigé "Futurist", en 2005). Alec est de ces artistes dont la réinvention est permanente, n’est-ce pas ? Un refus du surplace, une obsession du mouvement. Dont acte.

"The Golden Foretaste Of Heaven" est sans doute l’essai studio qui, pour l’heure et en l’état de sa discographie, restera comme le plus accessible d’Empire. On voit d’ici les adeptes les plus hardcore regretter le (relatif) classicisme de l’approche (electro + rock), et le fait qu’Alec, sans doute, se soit rapproché des standards. Pour eux, s’imposera peut-êre le point de vue selon lequel Empire perd une partie de ce qui a rendu son optique révolutionnaire, au regard de son passif artistique. Point de vue se défendant, bien sûr, mais auquel on opposera l’intelligence des choix de l’artiste qui, en recourant à des formats simplifiés, ne renonce en rien aux constantes qui ont fait son style : l’expérimentation sur le son, la déformation font partie de ces fondements, même si les formes obtenues découlent d’une série de variables. En somme, Empire pervertit les standards. Du coup, il fait de sa musique un pont entre une vision bruitiste, qualifiable de dure, et les formes populaires de musique. Rendre accessible l’expérimentation, tel semble être le fin mot. Séduisant. Voici une porte ouverte sur des choses plus complexes, moins immédiates. Un éveil.

Ce que l’on ressent à l’écoute répétée - pour ne pas dire obsessionnelle - de "The Golden Foretaste Of Heaven", c’est qu’il s’agit d’un des travaux d’Alec Empire parmi ses plus vivants et… passionnés, peut-être.
Là où les délires expérimentaux du Berlinois pouvaient connaître quelque redondance par le passé, le crû 2008 est un disque racé, frais et éminemment intéressant sur le plan du rendu sonore. A mi-chemin entre cabotage noise, feeling pop (le groove electro-funky de "Robot L.O.V.E.") et agrégats new-wave / electro, Alec Empire impose une approche des plus directes et souvent ambiancée (le final "No / why / New York"). Ce sont de véritables chansons qui font le menu de cet "avant-goût de Paradis", le fondateur du label Digital Hardcore poursuivant ici et dans une veine expérimentale et hypnotique un son à la fois dancefloor et noir (le désincarné "Bug on my Windshield"). Il y pose l’agrément d’un chant dénué de manières, sans entrer pour autant dans la déclamation punk totale ; un chant senti, charnel, frisant parfois le crooning (une boucle bluesy en supportant le substrat sur le ténébreux "1000 Eyes"). Un chant qui, pour tout dire, s’impose à la manière de celui d’un Iggy Pop, référentiel incontournable au vu du résultat obtenu sur, au hasard, les très new-waveux / electro 80’s "New Man" ou "Down Satan down".

Au fil de rythmiques squelettiques et frappeuses, old school même, Alec Empire se construit une alternative au rock de "Futurist", restant fidèle aux machines tout en ne renonçant pas à donner au son une dimension organique.
La chair hybride de "The Golden Foretaste Of Heaven" restera celle qui nous aura le plus marqué : entre les mécaniques de Suicide, le bruit de Sonic Youth ("If you live or die") et le refus des convenances issu du Punk, Alec réinvente le Rock et s’offre une efficacité. Truffé de collages intelligents, ce disque est inventif, presque enjoué (le dynamique "On Fire"). Sans temps mort, sans pause, sa plastique musculeuse et froide frappera à coup sûr les dancefloors. Lumières bleues recommandées.

Inimitable, unique, voici pour nous le tout meilleur son d’Alec Empire. Hors de toutes considérations "extrêmes".


1. New Man
2. ...If you live or die
3. Ice (as if she could steal a Piece of my Glamour)
4. 1000 Eyes
5. Down Satan down (Dub)
6. On Fire (The Hellish Vortex Sessions)
7. Robot L.O.V.E.
8. Death Trap in 3D
9. Bug on my Windshield
10. No / why / New York