La musique est une entité abstraite.
Elle nous échappe, en permanence. Le seul instant pendant lequel il nous est donné de projeter au travers d'elle, c'est ce moment "sacré" durant lequel le disque laisse s'échapper des enceintes ces vibrations d'air qui nous "parlent", dans lesquelles on se "retrouve". Sitôt ces vibrations éteintes, la pièce se remplit de fantômes. Comment faire face à cela ? Comment échapper à cette malédiction qui fait qu'à un moment, tout s'éteint ?
De fantômes, la musique éthérée et atmosphérique de All Angels Gone en est peuplée. D'une beauté pure et totale, ce premier E.P. se nourrit de l'héritage des derniers groupes qui ont donné une dimension plus intellectuelle à la Pop, tels Weevil, ou Radiohead ; elle est aussi de la trempe de cette dernière génération du Rock, celle qui déplace l'énergie vers l'atmosphère et qui évacue la démonstration du rock progressif originel pour lui substituer un propos économe d'effets, mais pas de temps. Une musique qui n'existe que par ces guitares, orchestrations et claviers de l'hypnose. En ligne de mire, Godspeed You! Black Emperor ou Sigur Ros, bien sûr ; fers de lance aux moulins desquels All Angels Gone, sans renier quelque parenté stylistique, apporte une eau fraîche et claire.
La symbiose instrumentale que retracent ces cinq titres lunaires et émouvants met en œuvre les capacités de sept personnes multi-instrumentistes pour la plupart, et toutes très inspirées. Oeuvrant de concert, elles font fi de l'ego dans l'accomplissement d'une oeuvre dont on ressent très nettement la source collective : pas un mot plus haut que l'autre, pas un brin de hors propos. Les crescendos, gouvernés par une approche orchestrale mesurée (cordes sublimes, en renfort sur le final de "Others as a Mirror"), donnent priorité à l'exergue d'instrumentations naturelles à base de piano, guitares et violoncelles, qui échafaudent durant trente cinq minutes des plans atmosphériques délicatement percussifs, et gorgés de spleen (un final sorti de l'automne, "(Stephen H.)"). Les voix de Pauline et Vincent trouvent quant à elles en l'épure et le refus de tout maniérisme les armes qui touchent au cœur. Personne ne peut se remettre de ce qui se donne sur "Wave", un titre sur lequel plane l'ombre des derniers essais, époustouflants de Sigur Ros ; et ce malgré une rythmique dont la frappe sèche et minimale, sur la première partie du titre, rappelle les moments les plus blafards du "Faith" de Cure, avant de s'envoler vers un groove soutenant un thème plus acide et légèrement psychédélique.
Rares moments que ceux-ci, émotions et beauté pures que celles qui germent de ces instants là, d'une performance quittant la plate-forme du temporel pour rejoindre une dimension confondante d'esprit.
Alors on souhaite très vivement qu'il y ait d'autres moments tels que celui-ci. Plein.
On veut revoir les fantômes, vivre en eux, toujours.
Pour échapper à tout le reste.
[NB : sortie planifiée pour fin avril 2005
Contact : contact@allangelsgone.com / www.onehotrecord.com]
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3. Empty Cars on the Road
4. Others as a Mirror
5. (Stephen H.)