Angel Self Destruct


Rex Mundi


Autoproduction


Darkwave éthérée


2007




Au risque de dire une énorme banalité, la scène darkwave n'est pas celle dans laquelle les groupes récents se distinguent le plus par leur singularité. Les nombreux clones de Diary Of Dreams qu'on a vu émerger, en Allemagne principalement, peinent à trouver une identité, un son qui dépasse l'hommage trop appuyé aux influences. Pourtant, quelques formations tirent leur épingle du jeu, comme les français de Angel Self Destruct qui signent avec ce "Rex Mundi" leur deuxième album en trois ans (et dix d'existence).

Que les choses soient claires d'emblée : rien à voir entre Angel Self Destruct et les groupes darkwave "tendance" du moment. A l'exception de deux titres à la rythmique martelante et soutenue ("Der Komissar", presque drum'n'bass, et le "Rex Mundi" final) et à la rigueur du très bon "Ritual" et sa rythmique post-punk/indus à la Savage Republic, pas vraiment de tubes pour dancefloor sur cet album. Ce sont plutôt les tempi lents qui sont à l'honneur, portés par des rythmiques minimalistes et hypnotiques à la forte saveur coldwave. Les synthétiseurs sont peu bavards, préférant également tisser des motifs fantômatiques qui viennent légèrement adoucir des nappes indus plus dures ("Ghost Satellites"). On pense parfois à une version industrielle de Switchblade Symphony période "The Three Calamities", qui en conserverait l'ambiance spectrale à la sensualité triste tout en éliminant les mélodies trop évidentes. Cela est particulièrement palpable sur le très bon "Don't let'em get you alive" avec sa ligne de basse très prenante et ses guitares crissantes du plus bel effet.

Par moments, le structures se font plus directes, comme sur "A Canticle For Leibowitz" où la ligne de chant est plus conventionnelle, presque rock, mais tout aussi à l'aise dans ce registre que dans les textures plus fantomatiques précedement citées. A vrai dire, la chanteuse se montre même très polyvalente, parvenant à insuffler une certaine forme de lyrisme dans des titres comme "Der Komissar", "Ritual" ou "Typhoid Mary" ou au contraire une retenue toute classieuse sur "Mental Hygiene" où les échos omniprésents créent une ambiance très solennelle. Ces divers styles de chants sont représentatifs de la diversité qui se développe tout au long de l'album dans la plus parfaite logique, sans qu'on ne ressente jamais de cassure.

Angel Self Destruct n'a pas cédé à la facilité sur "Rex Mundi", faisant l'effort de diversifier son propos, de "faire parler" le minimalisme en cherchant à rendre ses atmosphère les plus évocatrices possibles pour l'auditeur. L'implication dans la composition et l'interprétation est palpable, et la beauté mystérieuse de l'oeuvre en sort renforcée. En définitive, la formation signe ici un album mature, solide, largement à la hauteur des espérances qu'on pouvait placer en eux après leur très bon premier opus. Les amateurs apprécieront.


01. Der Kommissar
02. The man who strangled a tree
03. Goth girls can’t fly
04. Nihil
05. Ghost satellite
06. Don’t let’em get you alive
07. Ritual
08. A canticle for Leibowitz
09. Mental Hygiene
10. Typhoid Mary
11. Rex mundi