Il est des formations qui s’évertuent à dépasser toutes les frontières. En voilà une œuvre bien atypique. Autunna et sa Rose après un split superbe avec leurs compatriotes d’Ataraxia chez les portuguais d’Equilibrium est connu pour fusionner néoclassique avec musique de chambre en tirant sur la représentation théatrale. Ici, sur ce concept album ou plutôt sur cette œuvre d’art total, la formation reprend des textes d’Artaud e'>
Autunna et sa Rose
L'Art et la Mort
Ark Records
réarrangements théatraux et surréalistes
2006
Surréalisme musical et textuel dans un digi façon album photo.
Il est des formations qui s’évertuent à dépasser toutes les frontières. En voilà une œuvre bien atypique. Autunna et sa Rose après un split superbe avec leurs compatriotes d’Ataraxia chez les portuguais d’Equilibrium est connu pour fusionner néoclassique avec musique de chambre en tirant sur la représentation théatrale. Ici, sur ce concept album ou plutôt sur cette œuvre d’art total, la formation reprend des textes d’Artaud en les posant sur des reprises étranges et souvent non reconnaissables de standards indus, goth et new wave des 80’s : Neubauten, Coil, Virgin Prunes, The Sisters Of Mercy…
Bienheureux sera celui qui reconnaîtra les notes originales.
D’emblée on est fort ébaubi par l’accent italien du mastermind Disorder narrant la poésie française d’Artaud ! Certains ne pourront que s’esclaffer tandis que d’autres y verront le summum du barré complet. Car c’est bien sur cette ligne de crète entre folie et art total que navigue toute l’oeuvre.
Ainsi d’autres poètes maudits sont convoqués comme Baudelaire (sur N’importe où hors du monde ?) ou l’inmanquable Pasolini dont on aura toujours le souvenir de l’écoeurant et en cela génial Salo ou les 120 journées de Sodome. Difficile de jauger pareilles mélopées d’aliénés mais Disorder nous avait prévenu depuis la fondation d’Autunna et sa Rose…
L’ensemble évolue comme une pièce de théâtre dont la folie prendrait le personnage principal. Quelques parties de piano très classiques (ouf !) et très mélodieuses apaisent en cernant l’objet musical sur du palpable avec Kyfi : ma foi une reprise de Tuxedomoon ! Peut être par ces arpèges de guitares très lointains… Et tout à coup vient l’interrogateur Lune et arcades avec son duo Disorder et l’enchanteresse Francesca Nicoli (Ataraxia) sur un morceau truffé de contre tons, d’oxymores musicales : grave/aigu, pesant/léger… Ces oxymores, cette « Inquiétante étrangeté » du nom de cette œuvre littéraire célèbre, est une dialogique entre les antagonismes. Avec des envolées vocales volontairement fausses de la part des deux chanteurs.
Etrange comme une représentation de troubadours médiévaux en centre ville… Et que dire du cocasse Disorder sur Neue Wirklichkeit. Une nouvelle vérité entre le comique, la voix fausse et le génie peut être ? On y trouve même du très indus/new wave avec les bips d’Ewig/Dunkel reprise de Neubauten (Der Tod ist ein Dandy) dont on reconnaitrait presque l’original, parbleu.
Autunna convoque les vieux et toujours métaphysiques débats sur le Beau et le Laid, le juste et le faux, la musique et le bruit, fidèle à sa tradition avantgardiste. Elle aura le mérite de réunir sur une même œuvre la folie artistique qu’elle soit musicale avec les Virgin Prunes ou théâtrale avec Artaud ou poétique avec Baudelaire…sans qu’on arrive toujours à suivre… Tout se passe comme si le groupe voulait pousser sa musique aux confins de l’artistique et de l’aliénation tout en présentant une facture musicale assez classique : cordes, récits, chants soprano/ténors, piano.
In fine, on navigue entre ?! et !? Autunna est géniale et ridicule, comique et triste, artistique et redondante et musique de chambre/classique comme new wave/indus. Les conservateurs et intégristes de tout poil sont prévenus et les plus aventuriers, ravis, face à cette œuvre éxubérante, voilà le mot : EXUBERANTE.
01. Qui, au sein…
02. Quand nous reverrons-nous ?
03. Kyfi
04. Lune et arcades
05. Ostia
06. N’importe où hors du monde
07. Neue Wirklichkeit
08. Ewig-Dunkel
09. Et je me souviens aussi de…