Bauhaus
Go Away White
Bauhaus / Cooking Vinyl
surrealist cult sound
2008
2008. Un autre temps, une époque à laquelle "Go Away White", chant du cygne, inscrit dans le marbre le deuil que nous allons devoir faire.
Certains avaient déjà vécu ce déchirement, peut-être même avant 1983, lorsque "Burning From The Inside" avait formulé le "premier chant final", exposant un groupe aussi génial musicalement que fracturé humainement. "Burning From The Inside" était l’œuvre d’un Bauhaus devenu trio en studio, l’état de santé fragile de peter Murphy ayant conduit le reste du groupe à œuvrer partiellement sans lui.
Certains de ces adeptes, ceux de la première heure en somme, n’avaient pas vraiment crû à la renaissance du Phoenix. Il n’en était pas tout à fait de même par ici, sans doute peut-être parce qu’on avait pas vécu en temps réel la splendeur passée de Bauhaus. Et puis est venue l’heure du retour sur scène, à deux reprises : en 1998, en 2005. Bauhaus flambait. Sur scène, rien n’avait changé, ou presque. Bauhaus était magnifique, point. Un espoir demeurait alors, que les choses tiennent et fassent jaillir de nouvelles beautés.
Les beautés de "Go Away White" seront les dernières.
Terminus.
Le deuil nous reste bien à faire : celui d’un groupe qui, en guise de testament, nous offre un disque en forme de cercueil. "Go Away White", réalisé à la mi-2006, a précédé la toute fin de Bauhaus, entérinée à la fin de la même année sans qu’une information concrète vienne alors confirmer ce fait. On est resté dans le flou, l’absence de nouvelles officielles venant renforcer l’impression que tout s’était terminé, une fois de plus dans la poussière.
Acceptons. Faisons le deuil d’une idée musicale qui, avec "Go Away White", connaît son dernier soubresaut. L’importance de "Go Away White" n’est d’ailleurs pas tant dans la forme que revêt ce dernier disque que dans ce qu’il représente (à notre avis) : à savoir le maintien de cette idée-là, née au début des années 80, qu’il pouvait exister une musique à guitares allant chercher son pouvoir hors de la flamboyance, hors des conventions rock ou des acharnements punks, tout en y puisant une substance qui se verrait travestie par le groove du dub ou la réinvention de ce glamour si cher à Daniel Ash, Peter Murphy, David J et Kevin Haskins. Tous des fans de Bowie, tous dans cette idée que les mécaniques collectives devaient aboutir à l’hybridation des genres, la réinvention de choses et notamment de formes populaires de la musique.
Cette hybridation est de retour sur "Go Away White". Visuellement, le disque forme un joli pied de nez : figure de l’ange, fond blanc, Bauhaus dénie le présupposé gothique et inscrit sa démarche hors des attentes. Il n’y a pas de "Bela Lugosi’s dead" sur "Go Away White".
A vrai dire, tout commence bien timidement via un groove gentiment acide, "Too much 21st Century" sur lequel la voix de Peter Murphy (en verve) s’interroge sur l’immédiateté des choses, notre rapport au temps et le fait de devoir rester connectés. Y sommes nous obligés, en définitive ? Vit-on réellement ? Bauhaus est dans son époque. Bonne nouvelle, tout de même.
Et puis les choses accélèrent, progressivement. Les guitares parlent, laissent entrevoir une sensibilité plus frontalement rock ("Adrenalin", digressions noise signées Ash ; "International Bullet Proof Talent", saturations pleines et frappe du piano) que sur certains des premiers essais. Ca sent le muscle, l’absence d’anticipation.
Sur cet album en blanc, Bauhaus s’inscrit dans l’immédiateté, une forme de spontanéité quasi-totale. Enregistré en prise directe et sans overdubs, non mixé, l’ultime enregistrement du "groupe en noir" est au moins punk dans l’esprit, à défaut de délivrer la même énergie que le tout premier album, "Dark Entries". Quelque part, "Go Away White" expose la réalité de ce qu’a été Bauhaus, en 2006. C’est un disque "du réel", correspondant en cela à ce qu’a incarné Bauhaus dans les années 80 : une entité physique, tripale, sans doute moins cérébrale que son image ne l’a laissé penser. Enregistré en une quinzaine de jours, "Go Away White" contient ce qui a fait l’essence passée du quatuor : la fabrication d’atmosphères uniques (bien que plus policées, comme sur le très beau "Saved"), la défragmentation du Dub (les basses de David J débouchant sur un psychédélisme glacial via "Undone" ou le plus retenu "Mirror remains"), les apartés tribales ("Endless Summer of the Damned", ou Bauhaus dans toute sa splendeur), le minimalisme (le questionnement existentiel du final "Zikir") et la capacité cinématographique (l’incursion au tracklisting du titre composé en 1998, l’hypnotique "The Dog’s a Vapour").
Alors, tout n’est pas parfait sur "Go Away White", non, et fort heureusement. On aimera ce disque pour ses erreurs, ses bavures, ce son rêche qui donne au final de Bauhaus l’image d’un groupe qui n’aura pas reculé devant le fait d’oser. Au final, le quatuor s’offre une sortie digne, une échappée ayant découlé de la volonté de quatre humains s’étant donné corps et âme en studio, qui y croyaient peut-être encore et qui s’inscrivaient alors dans une démarche clairement opposée à celui du disque que l’ont crût être le dernier : ce "Burning From The Inside" crucial et ambivalent, celui d’un groupe qui était mort en studio et dont les derniers exploits avaient planté le germe du trio Love And Rockets. "Go Away White", lui, restera comme le disque du QUATUOR Bauhaus. Le groupe, le VRAI.
Alors, son disque le plus fort ? Même si la vibration reste vivante, sans doute pas. Mais l’un des plus importants sur le plan symbolique et historique par contre, oui. Oui, peut-être bien.
1. Too much 21st Century
2. Adrenaline
3. Undone
4. International Bullet Proof Talent
5. Endless Summer of the Damned
6. Saved
7. Mirror remains
8. Blackstone Heart
9. The Dog's a Vapour
10. Zikir