Buried at Sea
Ghost
Neurot Recordings
Doom Post-core submersible
2007
Le vacarme de la mer. Pas de plage à proprement parler mais un rivage unique, l'éternité comprise en 30 minutes à contempler ces vagues de guitares boueuses qui déversent à nos pieds le fin fond des abysses. Le ciel se déchire et les rares promeneurs sous la tempête ne sont que fantômes encapuchonnés sous un linceul de pourriture. Est-ce la mort qui rôde ? Au loin sonne le glas, vibrations d’un sanctuaire englouti. C’est l’amer qui a pris l’homme. Et l’on marche à trois temps vers cette basse à la fois sale et magnétique dont le reflux constant nous tire vers le large. Les tomes percutés font tanguer les corps comme des vaisseaux-fantômes. N’y a-t-il donc plus personne à la barre ? Puis un maëlstrom vocal éventre les eaux, dernier soubresaut de l’âme chavirée qui se laisse immerger par 1800 secondes de fond avec la lenteur effrayante des monstres marins.
Il est ainsi des voyages qui ne sont pas faits pour tout le monde. Qui peut ici se prétendre à l’abri vraiment du naufrage ? Certes Ghost restera l’ultime expérience des américains de Buried at Sea (la séparation du groupe est officielle), et quiconque vit sa vie l’écume au lèvres--rage et mélancolie mêlées--devrait saisir l'opportunité de suivre une dernière fois leur sillage. Il faut une sacrée dose de courage cependant pour plonger à corps perdu dans le grand bouillon de cet album, être à même de tenir la distance dans le glauque et les remous de cette traversée post-doom. Plus d’un auditeur s’y noiera. Mëme les voyageurs du spleen les plus avertis devraient se méfier de la profondeur de cet acte musical, garder un pied sur terre. Nul n’est certain de remonter un jour à la surface.
A vos risques et périls...
1 - Ghost