Callisto
True Nature Unfolds
Fullsteam Records/Earache
alternative metal (post-hardcore)
2005
Pour les musiciens des 1000 lacs, la précocité n'est jamais qu'un avantage compétitif très banal. Il faut trouver autre chose. Callisto, tout naturellement 20 ans de moyenne d'âge, arrivent en pleine lumière en se glissant dans l'ombre
de leurs collègues Cult of Luna. Jeu limitrophe mais suffisamment personnel pour ne pas parler de pure imitation. Timing propice environ six mois après « Salvation ». Public encore insatiable. Earache ont sniffé la bonne affaire, se sont empressés de doubler le poste de titulaire alloué à leur fleuron suédois, et on n'osera même pas les taxer d'opportunisme tant cette signature ne souffre aucune récrimination : pour n'importe quel label, Callisto constitueraient un renfort de choix. Au contraire, on ne peut que spéculer sur l'éventualité d'une tournée commune des plus alléchantes, dont les plans doivent déjà mijoter quelque part dans les bureaux londoniens
Le mystère est donc éventé : « True Nature Unfolds » vient graver une nouvelle ligne au tout jeune palmarès des albums emblématiques du style baptisé « post-hardcore », une dénomination indulgente dont on s'accomodera faute de mieux, et même sans savoir bien précisément sur quelles correspondances historiques elle s'appuie. La physionomie finement profilée d'une composition comme « Blackhole » ne manquera pas de caresser d'emblée dans le sens du poil ceux qui, en nombre et à raison, considèrent une moyenne arithmétique de « Salvation » et du déjà sanctifié « Panopticon » (Isis) comme tout sauf une mauvaise idée, a fortiori si ladite moyenne se trouve assortie d'une trempe individuelle incessible. Les guitares en stop & go, sobrement harmonisées, dessinent un plan horizontal suspendu entre la rythmique, mate et chaloupée (« Oceanic » vous salue bien), et un chant spartiate qui se distingue par une convexité parfois proche du death. Callisto travaillent au corps sur des segments de plusieurs minutes dont les ruptures, globalement plus soft que soudaines, sont instantanément renversées en départ du segment suivant, lequel est au choix par alternance logique plus nonchalant ou plus sévère.
On connaît la musique, mais on prend un plaisir tout neuf à la redécouvrir sous la houlette de ce quatuor à peine sorti de leur acné juvénile
Alors qu'un « Storm » tire sans fléchir dans le cœur de la cible (nous) à l'aide d'une action classique basée sur l'endurance et les poches de tension accumulée, son prédécesseur « Cold Stare » exploite sans excès une paire d'éléments qui démarquent quelque peu Callisto de leurs aînés : quelques strophes d'un chant féminin peu démonstratif mais d'autant plus charmeur (très "Finlande" comme timbre en fait), et une section médiane un peu décalée qui accueille un saxophone. « Caverns of Khafka » s'élance par un pantomime d'Isis complètement bluffant avant de rejoindre une atmosphère plus hydratée, initiée par des montées de chant clair en arrière-plan. On en revient à l'argument décisif : Callisto prêchent devant un parterre de convertis, et se montrent nettement capables d'inclure à leur sermon des ouvertures dont ils ont la primeur, et dont on attendra qu'elles s'élargissent sur les albums à venir tout le monde y sera gagnant.
« True Nature Unfolds » est dans sa coloration d'ensemble un disque gris et austère, dont les connexions avec le doom ne se discutent pas une seule seconde. Il ne sort de sa tanière que pour asséner, une fois par morceau en moyenne, des bourrasques émotionnelles assimilables aux seuls moments où le groupe tente de communiquer sa misère à visage découvert avec succès faut-il le préciser. Callisto peuvent même se permettre le luxe d'une chute d'album en demi-teinte, en particulier le plutôt faiblard « Masonic », sans que cela ne remette en cause leur affectation directe au régiment des authentiques révélations.
1.31 46' N, 35 14' E
2.Blackhole
3.Limb, Diasporas
4.Cold Stare
5.Storm
6.Caverns of Khafka
7.Like Abel's Blood Cried for Revenge
8.Worlds Collide
9.Masonic
10.The Great Divorce