Casual
Figura 11
VEL Records
gothic
2003
Il y a peu, ObsküR[e] était à Barcelone pour de sombres histoires de tourisme. Outre le charme de la ville (le "quartier gothique" est un grand classique), les missionnaires étaient loin de se douter de ce qui les attendaient au retour. En la boîte aux lettres du webmaster gisait le second CD d'un groupe nommé Casual, "Figura 11" : comme si la vie, par moments, redoublait d'efforts pour nous convaincre de nouvelles donnes. La vie l'a une fois de plus emporté, mais a aussi renforcé nos convictions. Nous avons ainsi reçu ce "Figura 11" comme un cadeau du ciel, un OVNI. Remarquable de bout en bout, ce disque synthétise les différentes approche de la musique sombre née dans les années 80. A l'instar de groupes tels The Wake, Love Like Blood, ou Cinema Strange, Casual nous ramène en terrain connu tout en rappelant que l'époque n'est plus la même, et qu'il ne s'agit point de pasticher ce qui existe déjà, et qui ne marqua son époque que parce qu'il s'y fondit. Les guitares crissent, entre Batcave et Death Rock, surplombant une rythmique plus lyrique mais aussi tribale que ce que nous offrit la Cold Wave (sur "El joc de l'ombra", ces tourments frisent des saturations métalliques), et la voix emprunte autant au Gothic qu'au Batcave ("Tard"). Derrière, la basse ronfle, enrobant les guitares de ses syncopes ("En nom del peix", "D-agradant"), ou une vibration de gorge sur laquelle l'influence de Peter Murphy se fait extravertie le temps d'un "Lupus 666" et - forcément - sur la reprise du "All we wanted was everything" de... Bauhaus. Sur "Got", Casual capture l'énergie du Punk pour y installer ses guitares acides, comme si Christian Death et Shadow Project devaient tous deux y trouver un salut. Puis le groupe ralentit la cadence pour installer un psychédélisme ténébreux ("Lied 11") et agrandir encore le cercle. La langue espagnole relève très largement le défi et confère à Casual une dimension originale, un atout à conserver en priorité et qui s'exploite pleinement sur une fin d'album très énergique et lyrique ("Parabola", "L'avi").
"Figura 11" est plus qu'une découverte. Ce disque tend avec succès à redonner aux musiques gothiques (dans leur ensemble, insistons sur ce point, car Casual ne singe jamais les Sisters) une actualité véritable, et y parvient en imposant, qui plus est, une personnalité étrange et profonde. Inutile d'en dire davantage : le prochain disque des gars de Barcelone est d'ores et déjà attendu comme le messie.
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