Cave In


Antenna


RCA


emotional pop rock


2003




Le jour où Cave In a arrêté de faire du hardcore-métal pour se muer en groupe de rock, j’ai pleuré…je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un mercredi après midi, au moment où je l’ai appris, je regardais « L’île de la tortue » dans « Midi les Zouzous » sur Arte. Je suis resté inconsolable pendant plusieurs jours, je ne trouvais du réconfort qu’auprès de Gruik, mon cochon en peluche. Une fois cette période de déprime enfin terminée, une question demeurée en suspens nuit et jour, parfois j’en faisais des cauchemars et le matelas de mon lit se rappelle encore de mes réveils humides : pourquoi un de mes groupes cultes de hardcore s’était soudain mué en un groupe de rock gentillet…pourquoi tant de haine ?
« Jupiter » et « Tide of tomorrow », les albums précédents m’avaient donné quelques éléments de réponse, tant le talent du quatuor de Boston pour tisser des ambiances spatiales et éthérées éclatait au grand jour. Mais bon, même si c’était excellent, je rêvais toujours de leurs riffs torturés, de cette voix frottée au papier de verre qui faisaient leur lustre d’antan. Bref, tel un Cabrel de l’extrême, je ne cessais de me répéter inlassablement : « C’était mieux avant ! ». Et puis voilà « Antenna », les américains y démontrent avec brio que leur reconversion est bel et bien réussie. Ils jouent un pop rock loin des conventions et des clichés du style, transportant l’auditeur dans un état semi conscience, créant des univers rares, comme sortis des toiles de Dali ou de Bacon, peuplé de personnages psychotiques que ne renierait certainement pas David Lynch…Une musique qui donne autant à voir qu’à entendre sans jamais tomber dans la démonstration pompeuse, ni dans l’arty élitiste et méprisant. Avec Cave In, pas de trip égocentriste, juste un style et un son ultra personnel. Extra-terrestre du pop-rock, le groupe varie les humeurs. Coléreux parfois comme sur « Inspire » ou « Anchor », triste aussi sur « Beautiful Son » », souvent catchy tel que sur « Stained Silver » ou « Lost In The Air »ou encore expérimentale avec le magnifique « Seafrost ». « Antenna » se montre d’une cohérence et d’une homogénéité incroyable, traçant à travers l’esprit de son auditeur des lignes de fuites vers un ailleurs, un road trip mis en musique efficace et inventive, qui ne lasse jamais et se refuse à tomber dans la mollesse. Cave In fait donc la démonstration que le talent n’a pas besoin d’étiquette. Qu’importe la forme pourvu qu’il s’exprime !