Christian Death
Lover of sin
Candlelight / Plastic Head
metal
2002
Jamais Christian Death n’a été aussi éloigné de ses préoccupations premières. Sur la forme comme sur le fond, Valor a toujours imposé des choix plus conventionnels que ceux que Rozz Williams, en son temps, imprima à l’œuvre originelle du Death. La logique suit aujourd’hui son cours, mais « Lover of sin » franchit une étape nouvelle. Césure : ce nouveau chapitre semble en finir avec un autre cycle lui-même mené par Valor durant les années 80. L’inclinaison vers un Metal d’époque semblait entamée par « Pornographic messiah », mais le suivant et très décevant sur la longue « Born again anti christian » avait en outre imposé aux premiers rôles Maitri, promue chanteuse à part entière. Valor semblait alors se désintéresser, progressivement, de cet aspect du travail. L’affaire est aujourd’hui dans le sac : Maitri assume seule les parties vocales. Certes, et même si on peut douter sérieusement de son potentiel, l’amélioration est concrète : Maitri braille encore, mais gère mieux. Aux commandes, Valor produit l’album et en profite pour insuffler à Christian Death une optique curieuse, une alliance peu légère entre ambiances Black Metal et rythmiques à la limite du Punk. « Lover of sin » est un album de désertion, celui par lequel Christian Death semble faire table rase d’un passé chaotique, mais glorieux pour une petite part. Ce nouvel album, plus ambigu qu’autre chose, trahit des ambitions nouvelles sans que pour autant il soit aisé de se laisser convaincre. Où sont passées les voix sépulcrales d’ « Atrocities » (album créé par Valor et encore jamais égalé par lui-même), les ambiances de « Past present & forever » ? Les vieux adeptes jetteront définitivement l’éponge cette fois. Mais Christian Death se refuse à dire son dernier mot, et profite de chaque nouveau disque pour conquérir des terres étrangères, se forgeant par là une identité nouvelle dont la séduction risque de n’opérer que sur les seuls amnésiques et les plus jeunes. Le rock gothique est un peu plus mort avec « Lover of sin ». Et du fond de sa tanière, Valor a l’air de s’en moquer royalement. La nostalgie, elle, guide nos larmes salées vers nos lèvres, tremblantes.