Si l'austérité de « Fine Arts » vous déroute, ce n'>
Cocoon
Cocoon
Optical Sound
electronica
2004
Après une intro minimaliste sur trois notes de piano (« Model »), l'album de Cocoon (Christophe Demarthe) alterne les ambiances en construisant un parcours. Un tube en puissance, le racé « Cocoon », et ses amoncellements progressifs de pistes évoque Mimetic, le rythme est entraînant et le sample, dansant à souhait, mêle gémissements de femme à l'ordre « Ecoutez, écoutez tous » avant de sombrer dans des dissonances qui plairont au voisin.
Si l'austérité de « Fine Arts » vous déroute, ce n'est que pour mieux vous égarer dans les méandres du morceau suivant « See », sans doute le plus représentatif de l'univers qui se joue : un morceau doux, en grincement de rocking-chair, incite à la rêverie ultime en guettant les souffles nocturnes. Là où les derniers travaux des Young Gods cherchaient à capter une ambiance aérienne, on est ici dans la capture d'une musique palpable, sculptée. Les bruitages se font drôles, intrigants comme des noiraudes échappées d'un film de Miyazaki.
L'orfèvrerie se prolonge avec « Clandestine » : chaque son, chaque nouvelle intervention est calculée, comme on pèse des œufs de mouche dans des toiles d'araignée (Voltaire critiquant Marivaux, mais pour cet album, la remarque est élogieuse !), l'évolution du morceau nous guide jusqu'aux cris d'une manifestation métaphorique qui n'est pas sans évoquer « Maifestspiele » de Neubauten. La confrontation approche, troublante.
« Webern » et sa mélodie cassée de ruptures analogiques conserve encore une certaine harmonie proche du ressac et peut s'écouter dans l'obscurité, mais l'accélération brutale de la fin provoque une sale impression, un malaise, un réveil en sursaut, sens en alerte. « Sleep » se propose alors comme un doublon de la plage précédente, son jeu de corde, simplement efficace, va être recouvert progressivement par les stridences saturées d'une non-mélodie. Un carnaval des oiseaux électronique efface alors le premier thème.
« Super Time » est certainement le titre le plus conceptuel, et du coup, le moins intéressant à l'écoute : l'auditeur erre sur des fréquences radio mortes au son archi-connu et désagréable, un synthé vient créer un rythme atonal. Mort du monde et mort des autres, pas forcément très réjouissant. Heureusement, « Night Time » prend le relais et son rythme break-core est un exemple implacable des merveilles dont est capable l' electronica : les synthés se font majestueux (emprunt au morceau de Sylvain Chauveau « Nocturne Urbain »), la batterie en contre point force l'auditeur à suivre les claquements de langue et de doigts qu'il croit percevoir. On se dit alors qu'on tient un sacré bon disque qui va nous aider à soutenir la cause de ces nouvelles musiques froides.
C'est sans compter sur « Raimbeaucourt » le dernier morceau. Un miracle. On part d'une berceuse presque pop, émouvante et évoquant irrémédiablement le Dominique A de « La Fossette », entre légèreté et propreté. Le joli jouet est soudain éventré et laisse apparaître tout l'organique qui traînait discrètement derrière, ça devient gênant car on se retrouve face à une créature sortie d' « ExistenZ » et une nouvelle direction, rapide et étouffée s'impose. L'évident retour à la lumière réussit le tour de lier les deux facettes du morceau et on revient à cette berceuse en ode à la beauté, à la vie.
Je serai malheureusement beaucoup moins prolixe sur la plage Cd-Rom du Cd : la mise en place du menu est assez lente et la navigation incertaine du fait d'un tableau à ramifications importantes. Je conseille de regarder le film par chapitre et de ne pas hésiter à sauter les moments qui ne parleront pas. Pour ma part, j'ai tout de même adoré cette séquence du bureau de verre, mobile et tourné par un patron peu conciliant (je pense à une nouvelle de « La Frontière de Verre » de Carlos Fuentes), le paysage nocturne reproduit en si gros plan qu'il pixellise à mort et nous interroge sur notre délicat rapport à la représentation. Enfin, la mosaïque d'images, hors-film, questionne notre corps, entre pornographie, soumission, photo de vacances et de soirée, drôle et instructif. Pour le reste, on se trouve le plus souvent face à une banque de données plus répétitive qui prendra sans nul doute tout son sens en live : les pistes sont tout de même signées (entre autres) par Servovalve, Norscq ou Vincent Tirmache de la compagnie Superamas.
Cocoon live le 1er octobre 2004 au festival Emergences / La Villette et aussi une vidéo de Cocoon sélectionnée pour "Nuit Blanche" le 2 octobre 2004 à Paris.
1. Model
2. Cocoon
3. Fine Arts
4. See
5. Clandestine
6. Webern
7. Sleep
8. Super Time
9. Night Time
10. Raimbeaucourt