Cradle Of Filth


Thornography


Roadrunner Records


heavy black metal


2006




Deux ans après l’album "Nymphetamine", les Britanniques Cradle Of Filth remettent de l’huile dans le chaudron avec un album qui ne déroge pas aux inusables règles de l’art. Avec Cradle Of Filth, le modus operandi est comme entendu, et chaque nouvel album sonne à la manière d’une anticipation intime. Sans l’écouter, on connaît déjà le Cradle Of Filth nouveau : ornements orchestraux batailleurs ("Under Pregnant Skies She Comes Alive Like Miss Leviathan", ou "Under huntress Moon"), guitares vengeresses et grasses naviguant avec concision et précision entre un BM assagi et un heavy de plus en plus lorgné… tout confère à donner à cette musique là, de plus en plus mélodique au fil des années depuis au moins trois albums, davantage de clarté. Et donc, davantage de lisibilité. Sans rentrer dans le sempiternel débat souhaitant questionner l’appartenance de C.O.F. (ou non) au genre "Black Metal", avançons tout de suite l’hypothèse selon laquelle, en dehors de l’efficacité et de l’accessibilité des mélodies, le souci présent du groupe mené par Dani Filth n’est définitivement plus de raccrocher un genre en particulier. Un visuel toujours évocateur et une production lourde et massive suffiront bien à rameuter les franges diverses du public Metal. Car en ce qui concerne "Thornography", la production est réellement époustouflante. Rob Caggiano (Anthrax), une nouvelle fois aux commandes, se retrouve servi par le mix d’Andy Sneap, dont on connaît bien le tranchant. Ainsi et sans surprises, les guitares portent une fois de plus à bout de bras les insupportables braillements (décidément, on ne les aime pas) d’un Dani très en colère, mais derrière lequel s’affaire une formation sûre de son fait et qui joue remarquablement bien. Cradle Of Filth garde en somme un ton vaillant et vengeur.

Pour autant, les travers sont là. Ils font Cradle Of Filth, sans doute. Les sempiternels clichés (une fois de plus, puisque nous sommes ici face à l’une des lois du genre) s’amoncellent les uns sur les autres, donnant du travail une image ambivalente et paradoxale.
Autant concéder que sur le strict plan musical, il n’y a pas grand chose à redire à ce "Thornography". Les fans éternels devraient se laisser enthousiasmer par un contenu général délaissant toute histoire de "concept" mais s’avérant d’une efficacité rarement atteinte par les derniers opus de C.O.F.. Les voix, bien que toujours aussi agaçantes (oui), sont bien gérées (et renforcées par la présence du jeune et vil Valo de H.I.M. sur "The byronic Man"), tandis que les aérations heavy entretenues par les guitares lead portent tout l’album. Ces dernières, pour tout dire, lui donnent une véritable mélodicité. Mais derrière, le théâtre des horreurs s’inscrit dans une prévisibilité permanente et pour ainsi dire, ne réinvente pas le C.O.F. qui s’était rafraîchi un temps sur "Nymphetamine". C’est le quasi-sur-place et à ce titre, le groupe de Dani fige par ce nouvel effort l’incapacité d’un genre à se renouveler. Simultanément, il en expose une musicalité réellement qualitative, et plus économe que par le passé.
Bref : si la puissance est au rendez-vous, les habitudes aussi.
Certains y trouveront forcément leur bonheur.


1. Under Pregnant Skies She Comes Alive Like Miss Leviathan
2. Dirge Inferno
3. Tonight in Flames
4. Libertina Grimm
5. The byronic Man
6. I am the Thorn
7. Cemetery and Sundown
8. Lovesick for Mina
9. The Foetus af a new Day kicking
10. Rise of the Pentagram
11. Under huntress Moon
12. Temptation