Dave Gahan
Paper monsters
Mute / Labels
electro
2003
Cet album est celui d'une crise : un phénomène né dans le subconscient de Dave Gahan, victime de ses aspirations, victime du silence imposé par ce qui se révèle chaque jour un peu plus comme une non-démocratie interne à Depeche Mode. Gahan aurait-il créé ces monstres de papier si Martin Gore lui avait laissé davantage de place dans DM, aurait-il aspiré à la solitude de la même manière ? Peu importe : "Paper monsters" confirme en tout cas les aspirations et les qualités de Dave Gahan en tant que compositeur. Aidé par les guitares ambiantes et inspirées de Knox Chandler, le chanteur déploie sur "Paper monsters" tout un éventail de couleurs, mais préfère se lover dans une quête de volupté plutôt que dans des revendications âpres : "Paper monsters" n'est pas un album de Depeche Mode sans Martin Gore. On y retrouve pas ses mécaniques, sa glace.Y jaillissent bien les racines Blues, Pop, et Rock du géniteur ("Hold on", une ballade à la limite du U2 de "Pop"), un passif qui grève une comptabilité de la mélancolie. Les lumières se diffusent (production magnifique de Ken Thomas [Sigur Ros] ), Gahan préférant jeter un regard contemplateur au déballement de tentations clinquantes. Certes, l'intimisme du propos ("A little piece") se laisse déborder tantôt par les cordes ("Black and blue again", final en forme de terre promise) ; mais Gahan garde la maîtrise, n'en fait jamais trop : sa voix retrouve les ténèbres, les dépouille plutôt que de les laisser l'emprisonner. "Violator" est loin, mais Gahan, par moments, frôle la limite (sur le très beau "Hidden houses", l'instrumentation rapelle un peu le Cure de 1989, agrémenté d'un groove éthéré). La soif est inextinguible, le passé a dû coûter cher. Plus organique que n'importe quel album de DM ("Bottle living"), ce "Paper monsters" donne une aura nouvelle à un chanteur d'exception, dont les visées se dessinent sous les projecteurs. Ceux-ci peuvent projeter leurs rayon sur l'avenir. Car si la page doit être tournée (qui sait ?), "Paper monsters" en forme le plus beau des encouragements.