DeadSoul Tribe


A Lullaby For The Devil


Inside Out / SPV


progressive metal


2008




En dépit du fait que le premier album de DeadSoul Tribe ne bénéficiait pas de la même qualité de production que ses successeurs, il gardait une place à part en raison de sa force d’inspiration et de son intention stylistique. Depuis, le propos s’est quelque peu dilué tout en recouvrant des formes aux reliefs plus flatteurs. La production est passée par là, mais les accents tribaux du Metal de DeadSoul Tribe n’avaient plus cet impact, ni cette surprise.
Devon Graves (alias Buddy Lackey, ex-Psychotic Waltz et leader de DeadSoul Tribe) l’affirme : avec "A Lullaby For The Devil", c’est une mue qui s’opère en compagnie de ses compères Adel Moustafa (batterie), Roland Ivenz (basse) et Rollz Kerschbaumer (guitare rythmique). Son projet musical, sans quitter ses ambitions progressives, déserte plus ou moins ses réflexes tribaux pour gagner de nouvelles épaisseurs, partiellement métalliques certes, toujours dans le souci du relief et de ses rondeurs aussi. Mais, c’est vrai, au travers d’un son rafraîchi visant à s’extirper des limites de la marque de fabrique originelle.

Or, que se passe-t-il sur "A Lullaby For The Devil" ? DeadSoul Tribe reste dans une ambition progressive mais s’offre de nouveaux contrastes, une saturation pleine alimentant un flux mouvant ("Psychosphere", efficient) et dont les points les plus intéressants consistent en de nouvelles hypnoses ("Any Sign at all") ou une discrétion orchestrale alimentant un flux noir et dynamique ("Goodbye City Life"). Ailleurs (sur certains couplets du même "Goodbye City Life" y compris), DeadSoul Tribe n’évite pas l’écueil du miel. Une faute qui contrebalance assez malheureusement une efficacité souvent surprenante, faute à laquelle se surajoute le pendant du choix consistant à rénover la forme. En partant vers autre chose, DeadSoul Tribe prenait un risque, mais ne retombe pas sur toutes ses pattes. La formation ne se redéfinit pas complètement, couchant sur bande une musicalité certes maîtrisée mais qui ne retrouve pas l’identité des tout premiers essais.
Ainsi, au fur et à mesure que la musicalité de DeadSoul Tribe cisèle ses contours, c’est un peu comme si elle cherchait toujours un peu plus sa substance. L’impression que renvoie ainsi "A Lullaby For The Devil" reste celle d’une forme progressive dont la qualité est là, dont la forme ne faiblit pas en puissance (le titre final et éponyme conclut l’album avec réussite). Mais gagner en efficacité ne fait pas un bon disque, ce que réalise ici un DeadSoul Tribe incertain. Le groupe doinne la fâcheuse impression de se chercher, encore, et commet parfois des fautes de goût. Un comble, au bout de plusieurs essais studio ne prêtant jamais le flanc au bâclage sur la forme.

Au final, c’est dans le mi-figue mi-raisin que verse le virage de DeadSoul Tribe. Le risque est alors double : premièrement, il est celui de satisfaire moyennement les fans restés bloqués (les nostalgiques…) sur l’optique première ; deuxièmement, celui de ne conquérir qu’un public incertain, plus friand de tournures progressives que vraiment à la recherche de la nouvelle révélation en le domaine. Ainsi, rien n’est in fine moins sûr au vu du dernier album, que le fait de voir atterrir un jour DeadSoul Tribe dans le clan plutôt fermé des références incontournables de la musique progressive. Ils pourraient même devenir de bons artisans, parmi d’autres.

Alors, des seconds couteaux ? Certainement pas. Mais des maîtres, pas encore et loin de là, alors qu’on aurait bien parié à terme sur ces gens lors de l’émergence de leur projet musical. On a peut-être trop attendu, ils ont peut-être besoin de temps. On le leur laissera, c’est net. Mais une chose est sûre, désormais : les promesses ne font pas les réalisations.


1. Psychosphere
2. Goodbye City Life
3. Here come the Pigs
4. Lost in you
5. A Stairway to Nowhere
6. The Gossamer Strand
7. Any Sign at all
8. Fear
9. Further down
10. A Lullaby for the Devil
11. Bonus : Multimedia part