Die Hunns
You Rot Me
People Like You / Season Of Mist
punk’n’roll
2006
Sans doute le meilleur disque de Die Hunns, réunissant Duane Peters des US Bombs et Corey Parks des Nashville Pussy. Le meilleur parce que c’est déjà le 5° des Hunns. Le meilleur parce que les époux baissent la garde et osent ne plus œuvrer uniquement dans un registre punk à la Clash surgi de 1977 (« You Rot Me », titre éponyme, surfe sur une élégante vague punk-western rehaussé de pointes psycho).
Profitant de l’alternance de leur voix très typées, de leur savoir-faire, de leur entente et de moyens corrects, le groupe s’affirme désormais comme une référence qui balaie ses influences. Assez souvent cependant, on pense qu’avec un ingénieur du son plus compétent, on aurait eu droit à un album bien meilleur. La diversité des ambiances a sans doute gêné, dommage.
On retrouve cette basse volubile au son écorné et les refrains chantés en chœur, mais les Pistols sont largués par une plus grande amplitude de composition et la mélodie se fait plus riche sans jamais oublier les harmoniques du refrain, tenues comme un bourdon par la ligne de basse (« Jorge ») : Die Hunns réussissent un tube fédérateur, loin des putasseries qu’il leur eût été possible de créer. C’est un esprit similaire qui pousse « Don’t Want To Hear It », servi par Corey : délicatesse et rugosité d’un rock mid tempo entre noise anglaise fugace et pop-punk. Il y a un océan de différence entre la grâce de cette chanson et un titre des Libertines : sans doute ceci tient à une mélancolie imparable non convenue. Plus facile, mais tout aussi sympathique, « Ain’t It A Shame » est un duo complice qui fera guincher les vieux de la vieille. Excellence atteinte avec la ballade un poil surf de l’album : le chaud « On My Mind » qui fera rougir ce qu'est devenue Courtney Love.
Le ticket gagnant de cet album doit aussi beaucoup à la variété. C’était déjà le cas sur « Long Legs », c’est ici confirmé : Duane Peters est un chanteur, un vrai. Capable de rugir comme un vieux punk selon les classiques du genre (« 47th Street » et ses envies de meurtre rituel pour célébrer la fin de l’humanité), il sait aussi traduire l’urgence rock des sixties (un « Night Like Tonight » bien rockab') ou se faire sensuel, chaud (« Rock’n’roll Boulevard » au refrain inspiré d’un Bad Religion assagi, mais à la structure complexe là encore), s’essayant aussi au Iggy Pop période « Brick By Brick » (soit du mauvais rock standardisé : seule faute de goût avec « Die For Me »). Cette erreur est une preuve de plus : sans esbroufe ni faux semblants, « You Rot Me » est un disque honnête où l’expression a su évacuer en bonne partie les clichés pour suivre son inspiration. Un disque de punk-rock libre ?
1. Mad Society
2. Jorge
3. You Rot Me
4. Don’t Want to Hear it
5. Rock N Roll Boulevard
6. Die For Me
7. Ain’t It A Shame
8. 47th Street
9. On My Mind
10. Night Like Tonight