Dillinger Escape Plan
Ire Works
Relapse Records
Prix nobel de math(core)
2007
En dix ans d’activité, DEP a su s’assurer au sein de la scène punk hardcore un statut de groupe culte. Et c’est plus que légitime. Rarement la musique extrême a su atteindre, tout en restant intelligible, un tel niveau d’intelligence. C’était là d’ailleurs que s’insinuait l’inconnue de l’équation musicale d’Ire Works. Comment concilier l’approche expérimentale des compositions avec un désir d’accessibilité presque pop, tout en ménageant le public de la première heure ? Sauf que les DEP n’ont pas posé la corollaire de leurs travaux en ces termes. Loin d’avoir choisi a priori les matières premières qui auraient donné le meilleur alliage possible pour forger un plus large succès, ils ont tout simplement fait des contingences de l’écriture et de l’inspiration une expérience dont ils nous livrent ici le résultat certes éminemment refléchi mais plus brut qu’il n’y paraît. Aux critiques et autres musicologues d’en faire maintenant des théories.
Les Dillinger Escape Plan sont donc loin de cesser d’être les chantres de la scène mathcore américaine. Les premières mesures de Fix Your Face mettront les plus inquiets d’accord avec la présence étonnante de Minakakis, premier chanteur historique de la formation. Une rage d'autant plus originelle dirige donc sans concession ce nouvel opus. Puis s’impose aussitôt un riff d’une pertinence telle qu’en une minute à peine, Ire Works aura déjà convaincu. Les guitares aux accents de mauvaise grippe se chargeant de finir avec une dextérité monstre d’en mettre plein la vue. Le titre Lurch confirme. Peut-être Bubble Gum jure-t-il alors avec sinon des prétentions du moins des tonalités FM très Fall Out Boy et son refrain dont la ligne de chant devrait ne pas faire l’unanimité. Cela dépasse la simple question de goût, genre de considérations acoustico-scientifiques qui passionnent justement les débats de musicologues.
Ire Works aurait pu ici dérouter mais c’était sans compter sur une sorte d’interlude constitué de cinq titres très courts dont les nouvelles syncopes à la manière free jazz auquel est apparenté le mathcore réactivent sans arrêt l’intérêt. Pas de répit donc, mais pour le plus grand plaisir des ouïes tant les structures rythmiques et sonores font preuve d’ingéniosité. Avec cette intrusion d’arrangements électroniques qui s’insinuent dans tout ce bordel organisé, comme une colonne vertébrale qui tient la vigilance de l’auditeur debout.
Prêt à se prendre le tubissime Milk Lizard en pleine face ! Riff ultra rock n'roll, piano jazzy dissonant, ligne de chant aussi efficace que celle de Bubble Gum aura pu paraître agaçante, ce qu’une musique intellectuelle qui se refuse à trop vulgariser son propos (mais un peu quand même) peut offrir de meilleur. Tout comme Dead As History qui ménage un peu ses ambiances en quelques antinomies de douceur et d’agressivité, titre qui, après deux ou trois écoutes, ne saura cacher davantage son potentiel de séduction. Idem pour Horse Hunter, avec son chant facile que ne dissimuleront pas longtemps les ambages complexes des guitares de Tuttle et Weinman, relevant au contraire le charme vocal insoupçonné de Brent Hinds, chanteur de Mastodon, ici en featuring. Et ce Mouth of Ghosts qui pourrait très bien être le Riders of the Storm d’une nouvelle génération d’esthètes musicaux dont il s’avère qu’elle existe bel et bien au sein d’une scène hardcore plutôt réputée violente (pour ne pas dire bourrine).
Déjà culte.
01 - "Fix Your Face" (Feat. Dimitri Minakakis, ex chanteur de Dillinger Escape Plan)
02 - "Lurch"
03 - "Black Bubblegum"
04 - "Sick On Sunday"
05 - "When Acting As A Particle"
06 - "Nong Eye Gong"
07 - "When Acting As A Wave"
08 - "82588"
09 - "Milk Lizard"
10 - "Party Smasher"
11 - "Dead As History"
12 - "Horse Hunter" (Feat. Brent Hinds de Mastodon)
13 - "Mouth Of Ghosts"