Disbelief
66Sick
Nuclear Blast
deathcore
2005
On ne peut pas dire que ces Allemands soient du genre à tenir leur public en haleine. Pour eux, pas question d’attendre bravement que le gotha journalistique les déclare comme partie intégrante du paysage metal européen : ils y ont pris leurs aises au rythme stakhanoviste d’une réalisation par an depuis 2001.
Dans ces conditions, pas besoin d’une armada publicitaire rutilante : Disbelief débarquent à sec et profitent à plein de l’effet boule de neige initié par leurs albums précédents, traînant autant de nouveaux adeptes que possible dans leur sillon. La recette, particulièrement nourrissante sur « Spreading the Rage » (2003), est reconduite avec un « 66Sick » dont seul le nom retombe à plat. En douze morceaux gonflés à bloc, le groupe ratisse le périmètre du potentiel qu’on lui connaît depuis quatre albums. Le style autoqualifié de deathcore émotionnel se définit par de gros empilages de riffs lestés au mercure et pas surchargés de poésie pour deux sous, et un mitraillage vocal assimilable à un festival de lutte au corps contre une constipation d’anthologie. Le côté « émotionnel » provient justement de la symétrie entre cette avalanche de puissance matérielle ininterrompue et la mélancolie perceptible qui enveloppe son discours. Si Disbelief font figure de parias du death metal, c’est en partie à cause de cet usage « défaitiste » de leur testostérone. S’ils font ronfler la grosse cylindrée, ce n’est pas tant pour faire mal que pour beugler leur propre douleur, laquelle ouvre parfois des plaies visibles dans la carapace de la musique – dans ces deuxièmes rideaux de guitares transis d’accords angoissés.
Voilà, Disbelief égaux à eux-mêmes en somme. Mais Disbelief pas vraiment au top non plus, il faut bien le constater : on était en droit d’espérer davantage du successeur de « Spreading the Rage ». D’abord parce que l’album ne comporte pas vraiment de titre mémorable. Ensuite parce que le groupe se fourvoie dans quelques choix malheureux, en particulier l’emploi d’un chant clair dont on se serait volontiers passé – le premier couplet de « Continue from this Point » est une catastrophe. Pour en rester sur les vocaux, on peut aussi tiquer sur l’abus manifeste des growls stomacaux ultra forcés qui montent du néant en préambule aux explosions des guitares. Une fois ça va, deux fois ça passe… la suite selon le degré de tolérance de chacun, surtout que les coutumiers du groupe auront soupé de la méthode. « 66Sick » est au final un album décevant pas tant en lui-même que par ce qu’il représente une stagnation sur le curriculum de Disbelief.
N’ayant plus rien à prouver en terme de productivité et d’efficacité, Disbelief pourraient être tentés de creuser plus au cœur des choses. Leur musique, sous sa morphologie présente, ne semble pas en avoir les moyens. Est-ce le moment d’une petite pause créative ?
1. 66
2. Sick
3. Floating on High
4. For God?
5. Continue (from this Point)
6. Crawl
7. Rewind It All (Death or Glory)
8. Lost in Time
9. Try
10. Edges
11. Mental Signpost
12. To Atone for All