Downliners Sekt
The Saltire Wave
Downliners Sekt
instrumental cinema
2008
Enregistré en divers lieux (enregistré à Paris, puis produit là comme à Londres, Montréal, dans un dernier temps à Barcelone) par l’électron libre Downliners Sekt, "The Saltire Wave" n’est ni plus ni moins que l’un des plus beaux essais instrumentaux qu’il nous ait été donné d’écouter en ce début d’année 2008. À cheval entre les développements des scènes électroniques 90’s et la perspective lancinante d’une mouvance telle le Post-Rock, ce nouvel essai s’inscrit dans la recherche de liberté et d’espace, et incarne au final une manière alternative de concevoir et de distribuer la musique.
Depuis ses débuts, Donliners Sekt s’est inscrit en marge des circuits de distribution classique, préférant rendre son travail accessible via son propre site Internet, en téléchargement libre. À une époque à laquelle la musique perd clairement de sa valeur marchande, Downliners Sekt pose le diagnostic et ne cherche pas le remède. Au contraire, il ne voit plus de raison de perpétuer un système qui, de toute manière, favorisera toujours les gros au gré de ce qu’on nommera ici et poliment "l’uniformisation programmée des goûts".
Dès lors, la conclusion est tirée, sans qu’il soit à y revenir : Downliners Sekt ne voit plus sa musique comme un support d’expression auquel donner obligatoirement une viabilité économique. Il ne sacrifiera son art à aucune politique marketing, faisant fi de l’idée de réussite au bénéfice de la défense d’une musique assumée de A à Z. Elle représentera intrinsèquement l’état d’esprit le plus authentique qui soit. Downliners Sekt s’en remettra simplement à la bonne volonté des internautes qui, s’ils le souhaitent et seulement si, feront un don au groupe par le Net. Le prix de cette musique découlera alors d’un dû pour obtention d’un plaisir rare : le décalage émotionnel. Méritant, tout en constituant pour Downliners Sekt et dans un contexte difficile, à la fois une quasi-obligation de résultat et une manière de renouveler en musique l’impératif de qualité.
Dès lors, le collectif ne considère plus sa musique que pour ce qu’elle est par nature : un véhicule. D’idées ou d’émotions, c’est vous qui verrez. En ce qui nous concerne, ce sera les deux à la fois, pour autant qu’on puisse comprendre l’abstraction instrumentale comme une forme d’alternative aux schémas généralement étriqués de la chanson à textes et autres formatages en règle.
Le reste appartient à l’auditoire.
Alors, voici cette musique extraterrestre, hypnotique et planante, mélancolique et acoustique ("Kaidan"), un brin noise parfois (les parasitages psych / shoegaze du final et spatial "Solstices", plus voyants sur un pesant "Shulgin"). Elle part à la conquête de l’espace, de ses zones de lumière comme de contrées plus ténébreuses. Downliners Sekt, c’est faire fi des schémas. Qu’un titre fasse quarante-quatre secondes ou plus de neuf minutes, là n’est pas le problème. Le seul défi à relever, c’est la capture (et donc la transmission) d’un substrat émotionnel. Tous les moyens seront bons, le groupe visant à travers un son mystérieux et un travail de progression et d’harmonie à une cinématographie de l’échappée ("Panic ! Sonic Monk").
"The Saltire Wave", somptueux ensemble de treize atmosphères partagées entre l’organique et le patinage des machines et effets, s’engage dans des chemins sinueux et opaques, dans les affres d’un Trip Hop de belle allure et aux teintes nocturnes (l’émouvant titre d’ouverture, "Scope Creep"), ou dans une dynamique plus furieuse, regardant l’industriel dans le rétroviseur et lui préférant une transe exotique ("Point Omega"). Les guitares, les batteries et les machines, tout s’enclenche telle une mécanique innée, issue de la Nature ; une vie qui ne s’arrêterait plus (la rythmique bouclée de "School Daze") et qui n’obéirait qu’à une solution inconnue : celle de cette confluence qu’on devinera au terme de mille chemins empruntés. "The Saltire Wave", c’est la cachette des sens, mais il s’y trouvera une lumière pour chacun parti défricher l’univers.
Extraordinaire sur la forme et, sur le plan de la démarche et vu d’ici, exemplaire.
1. Scope Creep
2. Jewel Cases
3. Panic ! Sonic Monk
4. Kaidan
5. Volga
6. Shulgin
7. School Daze
8. Mobilia Perpetua
9. Blackstock Mews
10. Shulgin (Part Two)
11. Point Omega
12. 1106 Etoile
13. Solstices