Dream Theater
Systematic Chaos
Roadrunner
Metal Prog
2007
Le constat est amer pour le fan que je suis et qui écoute Dream Theater depuis 1992, conservant religieusement des exemplaires usés jusqu’à la corde d « Images &
Words » et « Awage », fébrile d’excitation avant chaque sortie d’un nouvel album : je n’aime plus ce qu’est Dream Theater aujourd’hui. Ou du moins leurs derniers albums me déçoivent terriblement. Ou alors je change. Pour autant je vénère toujours mes albums usés. Que se passe-t-il ? Je vous le demande ?!
Je n’étais qu’à moitié excité par la sortie de « Systematic Chaos » après le très insipide « Octavarium », mais avec tout ce que le groupe m’a procuré d’extases musicales durant de longues années, il était évident que j’écouterai et achèterai cet album. Alors quel est donc le visage de Dream Theater en 2007 ?
Pour conserver leur auditoire de plus en plus large, les américains ont rogné leur face la plus complexe et hermétique pour ouvrir le champ sur le groove et la puissance et ne pas y aller par quatre chemins pour pomper du Metallica sur « Constant Motion », comme pour combler un manque de virilité qui, une fois cet état de fait découvert, perturba gravement le groupe, Dream Theater n’était pas Pantera et s’en est voulu. Allez savoir pourquoi, chacun chez soi et c’était aussi bien ainsi non ?
Bref, là où Dream Theater faisait auparavant de chaque titre une performance, le groupe cherche aujourd’hui à faire de chaque titre une chanson. Et on ne s’y retrouve plus forcément. Des riffs plombés et carabinés, on en trouve à tous les coins de rue, et du velu même ! Un p’tit Meshuggah et l’affaire est dans le sac.
La chanson a néanmoins ses attraits, c’est indéniable, mais n’est pas Porcupine Tree qui veut, même si Steven Wilson irradie le début de « Repentance », le titre s’engluant ensuite dans une mièvrerie qui n’aura d’égale que celle du vilain « The Ministry Of Lost Souls ». La chanson c’est bien, même la pop, mais l’espèce de transfiguration à la Queen de « Prophets Of War » laisse dubitatif.
Et plus que tout, c’est ce sentiment irritant qu’on ne pourra échapper au cliché début pop/metal - break instrumental avec solo de guitare puis de clavier – retour sur la pop, qui tue dans l’œuf notre envie de faire de cet album le retour en grâce du combo.
Le fond de l’affaire n’est-il pas que désormais Dream Theater est accessible au plus grand nombre, en conservant toutefois toujours un aspect ultra technique ? Peut être… Ou peut être que les sonorités parfois cheapounettes des claviers nous laissent sur le bord de la route. Peut être encore que le chant de Labrie nous agace. Ou peut être plus sûrement suis-je resté bloqué sur mon amour de jeunesse, cette entité qui repoussait alors les limites du contre temps et du shred et que rien n’égalait. Certainement.
« Systematic Chaos » se vendra bien et convaincra sans aucun doute possible les fans les plus récents, et je n’aurai rien à redire sur l’engouement que suscitera cette sortie, bien au contraire. Car on ne peut que respecter le travail accompli, qui est loin d’être anecdotique. Juste que cela ne me fait ressentir aucune vibration, rien, néant.
J’en serais presque à envier ceux qui se délecteront de cet album, tout en sachant que j’en serais incapable.
Je n’aime plus ce qu’est Dream Theater aujourd’hui, et j’en suis triste.
01. In The Presence of Enemies Pt.1 (9:00)
02. Forsaken (5:36)
03. Constant Motion (6:55)
04. The Dark Eternal Night (8:51)
05. Repentance (10:43)
06. Prophets Of War (6:01)
07. The Ministry of Lost Souls (14:57)
08. In The Presence of Enemies Pt.2 (16:38)