La sortie d'un nouvel album d'Edguy est toujours un événement sur la planète Metal tant le groupe a su nous servir jusqu'à présent une foultitude d'hymnes plombés au Heavy germanique. Mais voilà qu'aujourd'hui le mythe semble prendre un coup dans l'aile sous couvert d'un "Rocket ride" bien peu convainquant... Avec la cadence infernale de composition du sieur Sammet, il était logique de voir pointer un jour ou l'autre l'ombre du manque d'inspiration.
Ce nouvel Edguy à la production toujours aussi bétonnée que les précédentes, me déçoit au plus au point. Exit les titres accrocheurs d'un "Vain Glory Opera" ou d'un "Theater of salvation", le combo tape ici dans le Heavy rock bas de gamme façon eigthy's. On sentait déjà la tendance émerger avec "Hellfire club" mais à la différence de "Rocket ride" ce dernier nous balançait une énergie nouvelle et des morceaux bien fédérateurs très prometteurs.
Ici, les riffs ont déjà été entendu mil fois, les délires du groupe sympathiques en version live se posent comme des clichés inutiles et au final si quelques refrains vous trottent 5 minutes dans la tête, il reste en bouche un sentiment de "peut mieux faire certain".
Le ton est donné dès la pochette colorée façon comics, rompant résolument avec l'atmosphère Heroic fantasy. Premier morceau, "Sacrifice", on se retrouve face à un Heavy très ( trop) traditionnel, limitant à leur strict minimum les arrangements auxquels nous avaient habitué le groupe et qui faisaient sa marque de fabrique. Le titre est bien rentre dedans soit aux couleurs d'un Power metal 100 % teuton mais aussi très conventionnel.
Après cette entrée en matière moyennement convaincante, on se retrouve nez à nez avec le titre track "Rocket Ride" tout droit sorti des eighty's: chant agressif, riffs assassins, tempo speedé, son brut et refrain accrocheur, tout y est pour faire du morceau la petite perle de cet opus...enfin je devrais dire "aurait pu" si seulement toute cette sauce rétro plaquée sur la musique d'Edguy ne sentait pas tant le réchauffé. C'est peut être mon grand âge et mon passé de metalleuse prenant sa source en plein dans les années 80 qui me rendent amère mais "Rocket Ride" ne me surprend pas. Non décidément , il ne fait pas briller dans mes yeux cette étincelle qu'avait su allumer à l'époque un Van Halen dont les élans étaient à peu près similaires même si la construction du titre fait indéniablement penser à la vierge de fer.
Avec "Wasted time" c'est un retour en force du style direct du combo, ce n'est pas original mais comme d'habitude c'est bougrement efficace...à court terme; l'intro façon AC/DC nous mettant de suite dans un état de transe musicale. S'en suit "Matrix" un titre qui se veut plus moderne ou en tout cas plus électronique. Les lignes vocales sont entraînantes, le riff syncopé sympathique mais sans plus...
Enfin !!! On n'y croyait plus ... avec ce 5 ème morceau " Return To The Tribe" on retrouve un Tobias en pleine forme créatrice, nous offrant ce qu'il sait faire de mieux c'est à dire du Heavy germanique épique pur jus, rapide, aux envolées lyriques magnifiques et aux six cordes survoltées, le tout agrémenté de bons petits choeurs...un régal !!!
Mais le combo n'a pas dit son dernier mot puisque voilà venir LE titre phare de l'album, le sublime " The Asylum". Ce morceau débutant lentement à la guitare sèche prend réellement son envol en s'electrifiant par la suite. Là c'est un tourbillon sonore qui vous emporte vers une autre époque où les six cordes au timbre monstrueux, les rythmiques carrées, lentes et heavy, les choeurs et le chant acerbes n'ont d'égal que l'impact d'un refrain ultra fédérateur proche du grand " The pipper Never dies" (Hellfire club).
Malheureusement cet élan bien alléchant tombe dans les oubliettes avec la plate ballade très Fm "Save Me". Edguy serait-il un Europe en puissance ??? J'espère bien que non.
"Catch Of The Century" relance la machine avec un riff à la Motley Crue puissant. Le titre s'achève sur un petit délire du maître Toby montrant s'il en était encore besoin qu'Edguy n'est pas un groupe qui se prend la tête.
Passons "Out of Vogue" un morceau plutôt Hard Rock encore une fois peu inspiré pour nous attarder sur le single "Superheroes", véritable démonstration de la part burlesque d'Edguy en vidéo...sont-y pas beau les p'tits lapins :) Ce titre version audio est tout aussi percutant, usant de claviers sans en abuser et laissant la part belle aux lignes vocales aussi justes qu'entêtantes à la façon d'une ritournelle qui s'inscrit dans votre subconscient pour vous torturer l'esprit des heures durant. Châtiment cérébral qui continuera avec le festif "Trinidad" où le groupe se lâche réellement : chorus féminins nunuches, apartés parlés ou sifflés, mélodies enjouées ...le concept même de la chanson fun qui tue mais qui ne restera pas pour autant dans les annales.
Gardons le plus beau ( enfin après The Asylum) pour la fin, "Fucking With Fire" sorte de voyage dans le temps nous ramenant tout droit au pays de Twisted sisters.... Ce titre bourré d'énergie plaira sans conteste à tous les nostalgiques de l'âge d'or du Heavy Rock.
Et oui, décidément Edguy se la joue Hard Rock avec ce Rocket Ride qui n'aurait pas jurer dans les bacs il y a quelques décennies mais qui risque de surprendre nombre des fans ayant comme moi apprécier les mélodies épiques et les arrangements subtils des premiers albums.
Ce dernier n'offrant pas une qualité uniforme avec des nombreuses zones d'ombre et au final deux titres qui valent vraiment la peine d'être écoutés ...on se demande bien si Tobias Sammet ne devrait pas faire un petit break , histoire de nous pondre un digne successeur à "Theater of salvation". Ici tout transpire la panne créatrice certaine, tant les allusions aux groupes des années 80 sont présentes. Remarquez, peut être est-ce là un hommage aux racines du Metal déguisé ??? mais dans ce cas ce n'est pas réussi !!!
1. Sacrifice
2. Rocket Ride
3. Wasted Time
4. Matrix
5. Return To The Tribe
6. The Asylum
7. Save Me
8. Catch Of The Century
9. Out Of Vogue
10. Superheroes
11. Trinidad
12. Fucking With Fire