Elend


A world in their screams


Holy records


Dark Orchestral au sommet


2007




« Je crains les ténèbres qui viennent
La nuit dernière, alors que ton corps se consumait
Il y avait un monde dans tes cris …»

Le ton est donné par la narration terrifiante d’Iskandar Hasnawi dans les premières minutes du morceau titre. Quoi qu’il advienne, l’odyssée s’achèvera ici, au plus profond des enfers, et personne n’en sortira indemne. Pour ceux qui se laisseront entraîner dans une telle folie, les dommages risquent d’être irréversibles. Si certains pensaient qu’Elend avait atteint les plus hauts sommets en matière de musique sombre sur ses deux précédents chefs d’œuvres, ils risquent fort de ne pas en croire leurs oreilles…Bien lourde tâche que de décrire une œuvre d’une telle densité.

Après le délicat « Winds Devouring Men », suivi par l’étouffant et déjà belliqueux « Sunwar the Dead », « A World in their Screams » plonge rapidement l’auditeur dans une atmosphère d’apocalypse parfaitement maîtrisée.
« Ophis puthôn » en est un prélude perfide. Introduit par quelques mots en grec ancien, soufflés par la voix divine d’Esteri Rémond, la tornade débute après un court silence. La machine est lancée. Le son est énorme, les cordes pleurent comme jamais…le malaise s’installe doucement… Après le morceau titre, suivi par « Ondes de sang », il prend définitivement place au plus profond de votre âme. C’est désormais une certitude, tout ne sera ici que violence, désolation, destruction et déchirement. Les percussions frappent vite et fort ; les cuivres jouent un rôle déterminant et l’on reste béat d’admiration devant un tel impact sonore. Le « Dévoreur », suivi du « Fleuve infini des morts », empruntent tous deux des chemins orchestraux rappelant le grand Prokofiev. La plongée vers l’Hadès est engagée avec « Je rassemblais tes membres ». L’atmosphère morbide grandit sans cesse, les percussions tapent toujours plus vite, toujours plus fort et les orchestrations sont renforcées par des effets electro qui vous perforent les sens. Après une courte pause narrative, où l’on pense enfin avoir touché le fond, la tempête reprend. On atteint un paroxysme de violence et de souffrance sur « Borée ». Difficile d’exprimer avec des mots ce que l’on ressent après une telle déflagration. Des cris de déchirement terriblement humains, sur une toile orchestrale des plus assourdissante, font passer pour des rigolos tous les groupes extrêmes de la planète. Les trois derniers titres apparaissent alors comme un bilan, une réflexion après la destruction. L’atmosphère générale est apaisée mais des plus glauque…Comme si l’on ne faisait plus que compter les morts parmi les ruines. Toute reconstruction semble désormais impossible…le voyage s’achève définitivement.

Les vautours géants règnent désormais sans partage
Ondes de sang
Vent ardent

Vous l’aurez compris à ce descriptif, l’écoute de cette oeuvre est éprouvante, bouleversante voire traumatisante mais procure une jouissance peu commune. L’idée d’abandonner le chant masculin au profit de cette narration en français tient du génie. Complétée par plusieurs effets amplifiant le malaise, la voix d’Iskandar est proprement hallucinante. Techniquement, la musique d’Elend n’a jamais atteint un tel niveau de perfection. Pour ne rien gâcher, la plume est, comme à son habitude, sublime. Chaque mots a été soigneusement pensé pour toucher au plus profond l’âme de l’auditeur, ce qui de nos jours et plus en plus rare. Malgré une trame mythologique très prononcée, ce long poème métaphorique évoque en nous des choses bien réelles. Domination, puissance, folie, mort, souffrance…Homme…Voilà ce qui nous prend à la gorge.

Ainsi s’achève donc le cycle des vents « forces motrices, forces fécondatrices mais aussi force de destruction et d’arasement. » Assurément, chacun de ces thèmes, cités par Iskandar lui-même, a été pleinement exprimé au cours d’une trilogie qui fera date dans l’histoire de la musique en générale. « A World in Their Screams » conclu l’ensemble avec une maestria que l’on aurait espérer. Un grand bravo s’impose pour cette expérience unique proposée par une entité au sommet de son art en guise de testament musical. Si la perfection est de ce monde Elend l’a clairement effleurée du bout des doigts…Merci.


1. Ophis puthôn 06:00
2. A World in Their Screams 06:21
3. Ondes de sang 02:55
4. Le Dévoreur 05:54
5. Le Fleuve infini des morts 04:22
6. Je rassemblais tes membres 07:46
7. Stasis 05:07
8. Borée 04:41
9. La Carrière d'ombre 04:43
10. J'ai touché aux confins de la mort 04:29
11. Urserpens 05:26