Enemy of the Sun


Shadows


Massacre Records


Waldemar Sorychta thrash metal


2008




Classer le nouveau projet musical de Waldemar Sorychta ne va pas être simple. Les déclarations de l’incontournable guitariste-producteur teuton sont sans équivoque à ce sujet : « Shadows » est livré sans étiquette (sinon celle du prix, faut pas pousser quand même); sans une de ces petites boîtes dans lesquelles trop de gros labels rompus au plus vil mercantilisme n’hésitent pas à ranger leurs groupes par tel ou tel genre; sans blabla ni folklore.
Waldemar Sorychta n’évolue pas dans les sphères conceptuelles, sensuelles, ou grandiloquentes des groupes qu’il produit (respectivement Therion, Lacuna Coil, Moonspell), ne s’embarrasse d’aucune surenchère visuelle, ne tolère dans son travail aucun artifice. Il ne prétend à rien d’autre qu’à son statut de musicien-producteur. Enemy of the Sun va donc à l’essentiel.

Et y parvient. Les premières mesures de l’album ne laissent planer aucun doute. Le son de « Shadows » sera magistral, le mixage des parties instrumentales fusionnel. La double grosse caisse de Daniel Zeman jaillit des riffs de Sorychta remplis d’étincelles. Les variantes mélodiques sont nombreuses bien que la structure n’en respecte pas moins le schéma couplet/refrain, tout cela minuté comme pour la bande FM. Du coup, pas de répit rythmique. Mais qu’importe, la proposition vocale de Jules Näveri (ex-Misery Inc.) varie si bien les registres, des hurlements primaires au chant clair en passant par le brutal (et Sorychta les arrange en post-production si minutieusement les uns sur/après les autres) qu’Enemy of the Sun en devient tout au moins un prétexte à la découverte d’un chanteur passionnant.

Au fil des douze titres (ou treize pour l’édition US), l’auditeur est ainsi bousculé de surprise en surprise, saisi par une telle variété de compositions toujours virtuoses, comme si l’âme de chaque track habitait l’album avec la volonté d’être meilleur que les onze (ou douze) autres. Bien imprudent celui qui voudrait sortir tel ou tel morceau du lot. Peut-être peut-on voir là l’ultime prétention du membre fondateur : mener un projet qui s’autoriserait sans complexe à emprunter les chemins multiples du metal énervé dans le but affiché que le résultat soit unique.

Waldemar Sorychta n’a donc voulu ni petite boîte où se laisser ranger ni étiquette et, bien qu’on reconnaisse dans son écriture des similitudes inattendues avec un certain courant très brutal nineties, une vélocité à la Chuck Schuldiner, bref : un étrange alignement production + songwriting avec le savoir-faire des studios outre-Atlantique, il n’en reste pas moins l’un des personnages les plus influents de la scène metal européenne, une véritable bête de studio.
Reste à savoir si, comme ne l’a pas vraiment suggéré sa dernière tournée avec un de ses nombreux autres projets : Eyes of Eden, il saura prouver lors des concerts prochains d’Enemy of the Sun, qu’il est aussi une bête de scène.


01- Emptines
02 - Burning Bridges
03 - Lives Based On Conflicts 4 Clearly Surreal
05 - Carousel
06 - Twenty Three Feet
07 - Feel The Beating
08 - Satisfied By Ego Purposes
09 - Brain Sucking Machine
10 - Weak
11 - Liar
12 - Lost In Time
13 - Enemigo del Sol (US bonus track)