Explosions In The Sky


The earth is not a cold dead place


Bella Union / Chronowax


ambient rock


2003




Le quatuor à guitares Explosions In The Sky développe sur ce troisième album un son ambiant caractéristique de ce début de millénaire. En juxtaposant les couches de cordes mais sans pousser sur les saturations, il crée des atmosphères puissantes et très planantes, frisant le psychédélique. A l’instar de Godspeed You Black Emperor, les américains n’ont que faire du type « chanson » : leur musique reste purement instrumentale et en, cinq morceaux, construit un univers mélancolique (« The only moment we were alone », descentes centrales de guitares entre Cure et Ride, ambiance Sigur Ros) trouble mais passionnant. Cette musique vous happe, ou vous laisse de marbre. Pas de compromis possible. Elle est riche d’harmonies mais avare d’apports extérieurs : aucun intervenant ne viendra perturber le jeu entamé entre instruments traditionnels et pourtant, la couleur est là. Si les textures restent uniformes, la recherche de l’harmonie est si poussée qu’elle vous fera oublier sans peine ce beat ou ce violon que pourriez attendre. Explosions In The Sky limite les effectifs, mais il n’en jaillit une musique pas moins passionnante. Le mix de John Congleton met en valeur la moindre des vibrations, ne gomme pas les imperfections (une corde qui frise légèrement, une grosse caisse jouée ça ou là avec un peu moins de constance), et capte le charme du collectif en donnant un esprit « live » au disque. Il y a quelque chose de revêche dans tout cela, une attitude de la non acceptation. Ca n’est pas pour rien si le label monté par Jon Spencer vient de rééditer le tout premier opus de Explosions In The Sky, « How strange innocence ». Il est de ces groupes dont la conviction mais aussi le potentiel cinématographique sont évidents : les structures musicales appellent davantage à la patience qu’à la réception de schémas connus, alors qu’à la base, cette formation correspond à une entité spécifiquement rock. Une manière sans doute de dépasser ces formats qu’on attend sempiternellement d’un quatuor branché sur amplis. Si l’abstraction induite forcément par l’aspect instrumental de leur musique existe, Explosions In The Sky n’est jamais d’accord pour la laisser prendre le pas sur des thèmes qui ont servi de base à l’élaboration des morceaux. Très diserts sur la mort, la résurrection, l’amour, la tristesse, l’espoir, le groupe engendre un disque revêtant une dimension existentielle : « First breath after coma » parle d’un homme qui se réveille après une longue absence, qui redécouvre la vie et se rappelle son premier amour, avant de succomber au poids du passé. Explosions In The Sky ne sont pas que sombres, ce sont des romantiques dont les guitares n’ont pas fini de charrier nos obsessions.