Fields Of The Nephilim


Fallen


Jungle / SPV


rock gothic


2002




Fields Of The Nephilim avaient disparu en 1991. Sale journée, tout de même. Quelque chose était mort en nous ce jour là, quelque chose que notre cœur portait en secret, une flamme qui ne semblait jamais pouvoir s’éteindre. Figée sur la bande, la voix de Carl McCoy ne hanterait que davantage les nuits qui suivraient la nouvelle : devant la perte d’un point de repère essentiel, l’affect s’était réfugié dans le souvenir, refusant le deuil. Et puis, il avait fallu se résigner. Parti construire, avec difficulté, le side-project The Nefilim, McCoy avait ressurgi dans nos vies, seul, tel une lueur vacillante mais inextinguible, refusant la fin promise. « Zoon » n’avait gardé que des rapports incertains avec l’univers des Fields, mais annonçait la volonté ferme de son géniteur de jeter l’ancre au plus profond des ténèbres et de leur cruauté. Là où « Elizium » avait dévoilé une facette atmosphérique et donc plus intimiste des Fields, sa succession rouvrait les plaies des plus profondes : des guitares dures de « Zoon » jaillirent une nouvelle apocalypse, ultra-violente, en forme de point de non retour.
Depuis cinq ans, les rumeurs sont allées bon train : on savait les Fields réunis, mais la formalisation s’est faite attendre, trop longtemps : rumeurs de départ des membres d’origine (confirmées par la présence sur les festivals en 2000 du guitariste et du batteur de Nefilim), finalisation des démos de l’album annoncée en 1998. Depuis, le néant. Régulièrement, les Fields faisaient la une de la colonne « brèves » de la presse spécialisée, qui se languissait désespérément d’une concrétisation vérifiable.
La résurrection est désormais certaine. Le 7 Octobre 2002, Fields Of The Nephilim reviendront à la vie. « Fallen », le quatrième album du groupe en dix-sept ans de carrière, est ambitieux : c’est un nouveau départ, et qui dégage assurément une impression de puissance colossale. Il projette l’avenir de la nouvelle formation vers un futur défini par le point de rencontre entre les univers originels des Fields et l’expérimentation entamée avec The Nefilim. McCoy a définitivement tourné son écriture vers un univers très métallique : plus dur que n’importe quel morceau issu de la formation première, chaque pièce composant « Fallen » présente une identité qui lui est propre mais qui, dans la mise en forme, offre des constantes : un son de basse très dur et médium, caractéristique du jeu de Tony Pettitt ; des guitares rythmiques énormes empruntant largement à la période « Zoon » (« Subsanity », édifiant). Au-dessus de ce lourd édifice se déploient des guitares arpégées en son clair et créant des atmosphères proches de celles de l’album « Elizium » (« From the fire », « Thirst », « Deeper »), et des parties de batterie allant du plus lourd (« Fallen » - déploiement de forces étourdissant) à des respirations nécessaires (les vagues de « Hollow Doll », entre ballade psychédélique et rock gothique acéré, organisent flux et reflux d’une mélancolie acerbe). McCoy, vocalement, est au sommet de son art : il mène l’agression de main de maître (« l’introduction, « Dead to the world », nous ramène en terrain connu) et, au sein du jeu, apparaît comme la pièce maîtresse : la voix reste la marque principale des Fields, et ses assauts restent, plus encore qu’en 1991 et 1996, terrifiants. Les Fields se sont trouvé une nouvelle identité, redéfinissant la beauté de leur création par le visible désir de revenir à la vie. Trop court (quarante minutes à peine) et contenant les deux morceaux issus du single paru en 2000 « One more nightmare », « Fallen » génère, en même temps que le plaisir immense des retrouvailles, la frustration de voir le groupe abandonner l’optique conceptuelle et les formats instrumentaux étendus qui firent le charme sombre et psychédélique d’« Elizium ». Mais nous ne bouderons pas notre plaisir : les Fields sont plus vivants que jamais, et derrière les visages qui se fanent, les esprits veillent, encore. Et à jamais, espérons le.