Filter


The Amalgamut


Reprise Records / Warner Music


neo metal


2002




Richard Patrick avait sans doute un peu trop e caractère pour se sentir bien dans la chapelle Nine Inch Nails. Trop bien gardée, celle-ci n’était point faite pour contenir les humeurs dévastatrices et l’ego développé du chanteur-guitariste de Filter. Bien que la musique de son propre groupe réponde à bien plus de calibres que celle de Trent Reznor, chaque nouvel album de Filter suscite désormais l’attente pour ne jamais décevoir : Filter est un petit laboratoire de la mélodie, et son Metal à consonance plus électronique que réellement « industrielle » prend sur « The Amalgamut » une ampleur que prédisait déjà le surpuissant « Title of record ». Les mélodies sont ici moins forcément directes : « You walk away » développe en entrée un groove électronique plombé de guitares tout en puissance, recréant la marque Filter, sans céder aux facilités de « Title of record ». « American cliché » confirme la tendance : plus nettement neo-Metal dans la production, « The amalgamut » n’a pourtant rien à voir avec les Korn et consorts : l’ossature instrumentale varie entre rock et pop, et Richard Patrick semble avoir fait le choix d’accentuer ici cette dernière caractéristique : à grands renforts de rythmiques acoustiques (« Where do we go from here », « God damn me »), le troisième album de Filter laisse davantage la place au calme que ses prédécesseurs, voire glisse en fin de parcours les premières tentatives de pure ambiance : les huit minutes de sortie, intitulées « The 4th », annoncent-elles un changement radical à venir ? Difficile de l’affirmer, devant ce qui ne reste que la confirmation d’un style jouant brillamment sur le triptyque des forces : une production énorme mais nécessaire, des structures musicales simples et (encore) accessibles, et un niveau d’interprétation hors pair. La mélancolie traverse de bout en bout « The missing » (première ballade de Filter à réellement atteindre l’émotionnel pur), et Richard Patrick n’a jamais aussi bien chanté ; les programmations n’ont quant à elles rien à envier à celles de « Title of record » (« Columind », au groove fragmenté, rebondira toujours plus vite que les corps), et soutiennent en finesse des guitares toujours plus agressives (« So I quit ») et une rondeur de basse exceptionnelle. Nine Inch Nails, c’est certain, était à la fois trop petit et trop gros pour Patrick : l’homme en veut, et sait donner des claques. Celles que Reznor ne recevra jamais, elles sont pour nous. Deux affaires, dont une énorme, pour le prix d’une. Certaines séparations ont du bon. Les énergies sont aujourd’hui canalisées, et même si Richard Patrick est plus un rocker qu’un expérimentateur, même si N.I.N. nous fera toujours plus d’effet, certaines claques sont bonnes à prendre. Celle-ci est la troisième, et on prie pour que la série soit longue.