For Against
Echelons
Words On Music
Post-Punk mélancolique et mélodieux
1986
Avec la tendance largement démarrée du Revival 80's, on voit aparaître chaque jour des groupes se réclamant de l'influence de Joy Division, et surtout des Chameleons, grande redécouverte des années 2000. Mais si la plupart de ces jeunes groupes a vraisemblablement parfaitement assimilé les gimmicks, structures et autres tours de passe-passe propres au groupe légendaire, la plupart passe à côté de l'essentiel : l'émotion. Car les Chameleons, c'est connu, ne se laissent jamais écouter d'une oreille distraite, vampirisant l'empathie des auditeurs par leur sincérité poignante et désarmante. Vous allez vous demander où je veux en venir : hé bien c'est très simple. En 1985 sortait le premier album d'un groupe aux membres encore très jeunes, tous venus d'un bled paumé du Nebraska, qui mettraient largement à l'amende, si leur premier album sortait aujourd'hui, les 9/10 de ces fameux groupes se revandiquant du son post-punk des années 80. For Against est un groupe pour lequel la musique est vraisemblablement un besoin viscéral, et dont l'honnêteté et la sincérité sont palpables. Pris sous l'aile du visionnaire Bruce Licher, membre fondateur de Savage Republic et patron de Independant Project Records (label auquel on doit la découverte de groupes aussi géniaux que Kommunity FK, Fourawaycross ou Red Temple Spirits), les For Against démarraient avec "Echelons" une carrière longue et marquée par l'exigence artistique.
Que dire donc de ce premier disque, jusqu'à présent introuvable, et réedité en CD l'année dernière par le label Words On Music dans un digipack somptueux ? Hé bien que les trois jeunes gens nous offrent ici un véritable instant de grâce. Les paroles sont épurées, réduites au strict minimum, mais chantées d'un ton légèrement désanchanté avec une véritable force. Quand on voit que "Autocrat" parvient à nous émouvoir alors que les paroles se limitent juste à "Yeah that's right, that's the way it is", on a de quoi être bluffé ! Au point de vue strictement instrumental, les compositions savent se faire complexes sans être verbeuses. Si l'ensemble est remarquablement dense, la mélodie reste au premier plan (impossible de ne pas comparer ces magnifiques lignes de guitare aux meilleurs moments des Chameleons) et tout semble totalement spontané, coulant de source. Les amateurs des productions Factory Records apprécieront probablement la lourdeur abyssale du morceau-titre ou les très sombres huit minutes du final, l'excellent "Broke My Back" ; mais il serait dommage de négliger des titres en apparence plus légers comme "Get On With It" et son refrain imparable, "Forget Who You Are" qui rappelle furieusement les meilleurs moments du Cure de "Disintegration" avec son mélange de sobriété et de lyrisme, ou le génial "Loud And Clear", probablement l'apothéose du disque.
"Echelons" est un disque remarquable, honnête et viscéral du début à la fin. Légèrement moins facile d'accès que son plébiscité successeur "December" (largement plus produit et lyrique), il n'en est pas moins indispensable pour les amateurs.
01. Shine
02. Daylight
03. Get On With It
04. Echelons
05. It's A Lie
06. Autocrat
07. Forget Who You Are
08. Loud And Clear
09. Broke My Back