Garbage


Bleed Like Me


Warner


electronic noise-pop


2005




On avait quitté Garbage, il y a trois ans, avec un goût un peu amer dans la bouche. Leur bâtard "Beautifulgarbage", englué dans des mélodies plutôt fades et empreintes de Rn’B (un comble) avait presque convaincu les adeptes des deux premiers opus de la vacuité d’une approche se voulant plus "ouverte", mais ne débouchant que sur un disque de nature "expérimentale" (pour le dire de manière diplomatique).
La suite de l’aventure allait confirmer la mauvaise santé de Garbage : maladies, crises internes, rien n’allait plus et le troisième chapitre aurait pu rester le dernier, concluant sans gloire une carrière qui avait peut-être trop bien commencé.

Fort heureusement, le groupe semble s’être remis de ses années de jachère artistique par ce retour inattendu et plutôt étincelant. Sans doute le groupe avait-il besoin de passer par le maudit troisième opus pour renaître par la suite ? C’est en tout cas ce qui semble se passer car "Bleed Like Me", s’il connaît bien quelques baisses de régime ("Bleed like me" mais surtout "It’s all over but the Crying" ballades bien – trop ? - sages), s’avère un disque franchement enthousiasmant, et assuré de donner quelque vigueur à la flamme qui s’était affaiblie dans les yeux des fans en 2001.
La production, toujours très propre, a privilégié les guitares, assurément. En cela, elle a pris le contre-pied d’un "Beautifulgarbage" bien mou. L’électronique n’est cependant pas totalement évacuée et ressort toujours de la démarche. Elle reste donc à l’ordre du jour, mais elle occupe une place moindre que sur les deux premiers opus, venant davantage colorer l’ensemble que le structurer réellement. En parallèle, les sons de guitare s’avèrent plus modernes que jamais. Plus frontaux aussi, plus assurés, plus assumés. Définitivement. Sur "Bleed like Me", Garbage est rock. Presque performer. Et les saturations transpirent dès l’entrée en matière, un furieux "Bad Boyfriend" sur lequel Dave Grohl, invité pour l’occasion, assure de sa frappe une pulsation revancharde, signalant symboliquement le retour du collectif aux affaires les plus sérieuses. Shirley Manson génère pour sa part des voix inspirées, une vibration charnelle qui transpire de titres tels que "Happy Home", un final posé dégénérant vers un long crescendo noise et maîtrisé, gorgé d’orchestrations fines. Pour le reste, Garbage va au plus direct, et aligne les formats courts et épiques. Dans cet ordre d’idées, les efficaces et enlevés "Run Baby run" et "Right between the Eyes" ouvrent le bal et plus loin, la petite perle "Metal Heart" fonde un groove tranchant pour électronique duveteuse et motifs de guitare acides et planants. Le collectif vise aussi des consonances plus R&R (l’énergie speedée de "Why do you love me" ou "Why don’t you come over"), au fil desquelles se construit un quatrième album en forme de véritable "retour", dans la flamboyance mais jamais l’auto-parodie.

De quoi réjouir du monde, donc, même si les deux premiers opus resteront les meilleurs dans toutes les mémoires. Garbage s’en tire bien, et c’est la bonne nouvelle du jour.


1. Bad Boyfriend
2. Run Baby run
3. Right between the Eyes
4. Why do you love me
5. Bleed like me
6. Metal Heart
7. Sex is not the Enemy
8. It’s all over but the Crying
9. Boys wanna fight
10. Why don’t you come over
11. Happy Home