Genghis Tron
Board Up the House
Relapse Records
Electro Core Progressif Excellent
2008
Mon ami lecteur et auditeur avant tout, tu tournes en rond depuis des lustres à écouter les mêmes trucs en versant une larme tous les matins sur l’autel désespérément vide des véritables nouveautés ? Tu te dis que finalement Meshuggah ca perd un peu de sa méchanceté avec le temps ? Que la new wave c’est bien mais ca manque de guitares quand même ? Que le mathcore c’est cool mais bon, tu as eu 4 en maths au bac et ca te fait mal à la tête, que Converge ca déboite mais que ton « Jane Doe » est usé ?
Tu te dis que tu as vraiment l’impression que c’était mieux avaaaaant et que tu aimerais encore une fois, rien qu’une fois, ressentir ce petit picotement derrière tes yeux et dans le bas de ta colonne vertébrale qui t’indique que là tu tiens quelque chose qui va te secouer ?
Si c’est le cas, je te dis « Attention ! »
Oui « Attention » ! Genghis Tron vient de nous livrer quelque chose de grandiose. Pas un de ces albums tout simplement excellents dans un style donné mais véritablement un nouveau son, une alliance singulière d’éléments connus et qui, pris indépendamment, n’auraient finalement qu’un intérêt limité. Mais voilà, nos américains barbus ont ce petit quelque chose en plus, d’aucun diraient une touche de génie, qui fait que « Board Up The House » fera date.
En poussant l’analogie, Genghis Tron est au mathcore ce que Manes fut au Black Metal, une aliénation du style originel vers des sonorités originales et des ambiances prégnantes, un tout indissociable plus qu’un album et des titres accolés. « Board Up The House » s’écoute en effet d’une traite pour livrer son essence, les nombreuses plages « atmosphériques » liant les phases de colère intense dont est capable le combo. Progressif et alambiqué, Genghis Tron l’est assurément sans qu’à aucun moment les titres ne deviennent indigestes, bien au contraire. Tour à tour ultra puissant et subtil, le groupe l’est également, capable de faire cohabiter dans la même seconde un blast grindcore nerveux et des guitares cold. Organique et électronique, brûlant et glacial, la musique des américains concilie ce paradoxe dangereux, l’electro 8 Bits aux relents cheap est malmenée à l’extrême pour en tirer des atmosphères uniques déchirées par une rage viscérale (« I Won’t Come Back Alive », tout simplement grandiose). Quel exemple autre que « City on a Hill » illustrerait mieux ce contraste ?
On sent Genghis Tron capable de tout, sur un coup de tête. Même les intonations doomisante de « Ergot (Relief) » ne laissent en rien présager la fin classieuse et quasi infinie du disque.
« Board Up The House » est un album ambitieux, dépassant les limites et les conventions de style pour lequel l’expression américaine « pushing the enveloppe » s’applique à merveille. Genghis Tron se sentait à l’étroit dans le matériau et les convenances dont il disposait alors il crée de toute pièce quelque chose qui lui convienne. Ca n’arrive pas tous les jours.
Alors mon petit ami, cesse de tourner en rond avec ton air triste et renfrogné. Assieds toi. Mets le volume fort, très fort et prépare toi à prendre ta raclée. Genghis Tron est là, tu vas voir, ca va bien se passer.
01. Board Up the House
02. Endless Teeth
03. Things Don't Look Good
04. Recursion
05. I Won't Come Back Alive
06. City on a Hill
07. The Whips
08. Blow Back
09. Colony Collapse
10. The Feast
11. Ergot (Relief)