Gordz


Charge


RuminanCe / Chronowax


post noise rock


2003




« Rock », « Noise », « Punk », toutes les attitudes se retrouvent en le terrible trio instrumental français Gordz, sans jamais pouvoir pleinement lui coller à la peau. Premier véritable album pour le collectif, les sept titres de « Charge » suivent une série d’apparitions diverses sur des 45T, des compilations ou des split-albums. Renversantes, les complaintes bruitistes couchent sur papier écru une écriture basée sur le chaos : les structures, les atmosphères, les harmonies sont tendues et distordues, par moments abstraites. Ca hurle, comme trois esprits tourmentés rassemblés pour un seul calvaire, unis de gré ou de force face à la tourmente. La basse de Frédéric Fuchart pose certes les choses par moments, lorsque l’ambiance l’exige. Mais la sécheresse de Shellac, la folie de Mike Patton pourraient intégrer l’écriture de Gordz et en cela, le trio signe une œuvre des plus étranges, très typique de l’esthétique revendiquée par le très intéressant label RuminanCe : leur musique se prête à l’excès, ne s’embarrasse pas de manières ni n’accepte la facilité. Gordz réintègre à une démarche assez rock dans les phrasés rythmiques (Armel Neouze, des percussions expressives et stylées) un héritage Noise généré au fil des années 80 et 90 par différentes scènes, dont a priori celles de l’Angleterre et de NYC. En sept échappées (dont une ouverture d’une urgence à blêmir), Gordz déconstruit les arguments du rock n’roll un par un (les guitares de Frédéric d’Hérouville y sont pour beaucoup) pour accoucher de structures alambiquées et nerveuses, de rythmiques rugueuses et incisives, d’un son explorateur avide d’expérimentations. Fantastique premier essai sous forme d’ « album », « Charge » est un petit chef d’œuvre Post-Noise (enregistré par Lionel Darenne, assistant de Steve Albini, ce qui explique partiellement la couleur générale), lequel devrait faire plus d’un émule. Nouveau défi à l’Angleterre, il pose les jalons d’une approche exigeante et originale, écartelée entre la recherche de l’ambiance et une forme inédite de terrorisme par le bruit.