Car finalement, qu'est-ce qui distingue Valo d'un pastiche maquillé et fringué de Patrick Bruel ou de l'immmmeeense Caloge'>

H.I.M.


Dark Light


Sire Records / Warner


clichés & love metal


2005




Chaque retour de H.I.M. rime avec l'enthousiasme programmé du chroniqueur. Imaginez le, condamné à user les touches de son clavier, au prix d'un creusement de rides devenant encombrantes, pour dépeindre avec le plus de rigueur et de recul possible les contours d'une œuvre autant friande de clichés et de guimauve qu'un numéro triple de Nous Deux. Le pied TOTAL.

Car finalement, qu'est-ce qui distingue Valo d'un pastiche maquillé et fringué de Patrick Bruel ou de l'immmmeeense Calogero (notre Sting à nous, version "je corrige tout en façade") ?
"Chais po", me diriez-vous dans un élan de laisser aller.
Que non, frères et sœurs. Reprenez vous, et apprécions ensemble quelques évidences.
Le public de H.I.M. est le même que celui des artistes sus-cités :
- des gens qui croient écouter du rock (ça, ça donne plus envie de pleurer que de rire, au passage),
- de très touchantes adolescentes fardées dont les larmes abondent de joie à chaque mot que leur lancera l'idole du haut d'une scène qu'il tient en compagnie d'un groupe franchement très anonyme.
Bref, on le voit : le physique ça aide et le marketing ça paye. Mais attention les filles : le "Patriiiick !" n'est plus de rigueur, ne vous trompez pas et lisez bien le prompteur.

Vous l'aurez compris, le but d'objectivation est en train de se dissoudre dans la conscience du chroniqueur. Car l'histoire n'est pas folichonne, et inversement impressionnante à l'espace médiatique que Valo va dominer pour la sortie de son nouvel enregistrement. Car depuis son ca-tas-tro-phi-que troisième opus, Ville s'engonce dans un maniérisme aussi naturel et spontané que celui d'un Bon Jovi. Allait-on survivre à la traversée d'une nouvelle heure de souffrances ? On n'y croyait pas… et pourtant, ce fut moins pire que ce qu'on avait anticipé.

Tâchons pour l'heure de nous remettre de ce "Dark Light" (brrrr… fait froué).
Primo, histoire d'être honnête, ça fait longtemps qu'on n'attend plus le retour d'une collection de tubes du niveau de celle de ce "Razorblade Romance" qui, à défaut de rafraîchir la musique rock, eût au moins le mérite d'un certain panache et d'une évidence appréciables. Le dernier opus, "Love Metal" remontait une pente bien savonneuse et connaissait quelques secondes d'inspiration au détour d'un riff, d'une intonation de voix. "Dark Light", c'est du même acabit. Pas ce que Valo a pu commettre de pire, loin de là (sauf peut-être en matière d'artwork). Avouons que les guitares sonnent plutôt ("Rip out the Wings of a Butterfly"), que la production signée Tim Palmer (U2, The Mission) met évidemment en valeur un son plus énergique et convaincant qu'il y a deux ans. Palmer a du talent, c'est d'ailleurs sûrement celui qui en a le plus ici. Enfin, et ça n''est pas la moindre des choses à remarquer, quelques refrains s'en sortent avec les honneurs ("Under the Rose", "Behind the Crimson Door") et il faut le souligner histoire de ne pas se faire traîter d'odieux criminel par des fans qu'on voit éplorés. Remettez vous, vous avez tout l'avenir devant vous.

Reste à digérer la facette plus sombre de la médaille redorée : des couplets horripilants de mièvrerie (on se demande combien de litres de miel Valo met sur ses biscottes le matin. Ce type doit être fou pour croire à ce point que c'est bon pour la santé –- cf. le titre éponyme, "Dark Light", putassier version maxi XXL. En gros, allumez les bougies et mettez vos bras en l''air, +j'vous balance le nectar. Or, on vous le répète : ce n'est PAS Patriiiiick, mais bien Bon Jo), des intonations de voix plus empruntées que jamais (glamour ? vous avez dit glamour ???), une pose très L'Oréal (le vaut-il bien ?) et SURTOUT : une prévisibilité à l'épreuve de tout. Les balles ne la tueront pas.

La conclusion ?
Vous avez quatre options face à "l'acte d'achat" :

1 – Première hypothèse : Vous êtes accroc à H.I.M.. (et ce, même si vous n'appartenez pas à l'une des deux vertigineuses catégories de personnes mentionnées au second paragraphe).
Après tout, les goûts sont dans la nature, et comme le disque est meilleur que le piètre "Love Metal" (il faut le reconnaître) eh bien délestez vous de 100 fois la valeur de fabrication de ce bel objet. Après tout, ça fait vivre des gens, et ça, c'est bien.
2 - Soit ce type de produit vous fait encore (sou)rire, ou alors vous êtes dans une période de votre vie ULTRA-MEGA-fun. Achetez l'album en promo, et écoutez le en voiture. Après un bon Chris Rea, ça ne fera pas tâche (soyez tout de suite rassuré).
3 - Vous n'avez pas beaucoup d'argent et d'ailleurs, vous n'aimez pas spécialement H.I.M.. Que faire ?
Suggestion : Volez cet album, et offrez le souriant à votre petite sœur. Mais en lui précisant bien que c'est "fou ce que vous pourriez faire pour lui fêter son septième anniversaire".
4 - Vous avez autre chose à faire.
Et là, franchement, quoi de plus normal ?


1. Vampire Heart
2. Rip out the Wings of a Butterfly
3. Under the Rose
4. Killing Loneliness
5. Dark Light
6. Behind The Crimson Door
7. The Face of God
8. Drunk on Shadows
9. Play dead
10. In the Night-Side of Eden