Hinterlandt
New Belief System
Alias Frequencies
electroscapes & pop musing
2005
Les perplexes de la musique massivement assistée par logiciel étayent souvent leur critique sur la gemellité agaçante des collections des sons employés pour baliser l'action, ou encore la musicalité discutable des projets apparentables à un défilé de mode pour Ataris dernier cri et autres concours de densité de pistes. Confrontée à ce type de préjugés, la nouvelle réalisation du prolifique autodidacte Jochen Gutsch de retour dans son Allemagne natale après un exil prolongé en Australie dispense un habile compromis avec une approche très aérée d'une écriture faisant la part belle à un maximum de riffs et samples générés/retravaillés par l'artiste lui-même.
« Deckchair » propose une introduction toute en douceur à l'univers d'Hinterlandt. Un rideau de synthés engourdis ondule de côté et laisse pénétrer comme une première lueur matinale, un éveil, qui accueille progressivement quelques crépitations, lesquelles à leur tour se solidifient en rythmique basse à la minute. Voilà pour le vernis, les couleurs ne tardent pas à faire leur apparition sous les traits d'un arpège rêveur et d'une mélodie linéaire, presque enfantine, comme une partie de cache-cache entre le bleu du ciel et les nuages. Hinterlandt offre un visage généreux et espiègle, épris de notes bien pesées, avide de longues distances mais n'oubliant jamais de multiplier les repères et les modulations de ton, histoire de ne pas couper le fil de la composition en sections lénifiantes. C'est justement au moment où l'on commence à rejeter la tête en arrière, appréciant le confort stratosphérique de ce voyage première classe non fumeurs, que Gutsch choisit de durcir son propos, recourant à de la percussion ethno-frénétique et à du groove saturé. On retrouve ce côté plus épineux, plus « technoïde », sur le plus clair du deuxième titre « Mehrgegenwärter », témoin temporaire d'un passé pas si lointain où Hinterlandt affectionnait davantage les turbulences hardcore.
D'un point de vue global néanmoins, c'est sans conteste la facette planante qui se taille la part du lion, domptant de façon remarquable la diversité impressionnante des sons injectés à tout moment comme voix parallèle, petit beat intermédiaire, etc. Gutsch nous gratifie à l'occasion de ses propres performances vocales, dont il filtre suffisamment le timbre pour leur donner l'aspect éthéré qui coïncide idéalement avec le contexte. Une touche de francophilie en fin de recueil avec le gentiment orthographié « Au Revoir mon Enemie », treize minutes de décontraction un rien mélancolique débouchant sur une agréable passade entre clavier cuivré et petits chocs boisés en écho façon blues. S'il fallait chercher dans la scène « actuelle » les références permettant de brosser les contours de « New Belief System » sans en avoir écouté la moindre note, un crossover libertin entre un Aphex Twin assagi et un Moby plus organique que jamais serait un indice, j'ai bien dit un indice
Gutsch en termine avec sa croisière initiatique autour du globe des cultures digitales par une dernière escale en forme de clin d'œil aux papes de la pop new wave à l'anglaise. « Making Plans for Nigel », empruntée à XTC, s'avère respectueuse de l'original tout en dépossédant avec une belle subtilité l'ouvrage du duo Partridge/Moulding de son urgence. En étirant la composition au-delà des neuf minutes, Hinterlandt s'accorde une sortie de scène en dégradé, laissant les rémanences de sa musique prendre durablement ses quartiers dans l'espace bien après que l'on ait cessé de suivre activement sa trace.
Vivant pleinement de mémoires qui ne s'embarrassent pas de déguisement, « New Belief System » semble à bien des égards revêtir un caractère transitoire, peut-être une quête de stabilité comme le contrecoup du retour aux sources de son créateur. Un baroud d'heures qui n'étanche à aucun instant les spéculations quant aux territoires sonores encore vierges attendant la visite d'Hinterlandt pour accueillir leur printemps.
1. Deckchair Anthem
2. Mehrgegenwärter
3. New Belief System
4. Au Revoir mon Enemie
5. Making Plans for Nigel (XTC Cover)