Iron Maiden


A Matter Of Life And Death


EMI


agressive classic sound & progressive heavy metal


2006




Iron Maiden, c’est une carrière qui approche la trentaine d’année et qui peut se résumer à une première décennie quasiment irréprochable, quels qu’aient été les chanteurs en place alors (Paul DiAnno comme Bruce D.).
Si les années 90 ont vu les fans souffrir davantage (écriture en dents de scie et changement de chanteur mal accepté, en la personne de Blaze Bayley), les années 2000 ont vu revenir au microphone un Bruce Dickinson époustouflant, mais dont la flamboyance ne put évidemment compenser une écriture collective elle aussi victime de baisses de régime. Ainsi après un "Brave new World" (l’album du retour de Dickinson) presque irréprochable et un très très très piteux "Dance of Death", tous deux produits par Kevin Shirley, Iron Maiden est de retour avec "A Matter Of Life And Death". Sur ce dernier, les gorges chaudes, en tête desquelles le groupe lui-même et le producteur Kevin Shirley (producteur attitré de Maiden depuis le retour de Bruce Dickinson dans les rangs), se sont époumonées comme de rigueur au préalable d’une nouvelle sortie d’un groupe aussi important sur le strict plan économique et commercial. Cet album, enregistré plus rapidement que ce que le groupe escomptait, serait celui découlant du processus le plus "naturel" (dixit Steve harris lui-même) que la Vierge De Fer ait connu depuis bien des années. En gros, et entre les lignes : "On se comprend bien mieux ces temps ci, et vous allez voir ce que vous allez voir…"
Cette bouffée d’enthousiasme correspondait-elle à la classique manoeuvre de teasing préalable à toute grosse sortie, ou ressort-il bel et bien de l’écoute de ce nouvel album ayant pour thème les cruautés de la guerre, un réel constat qualitatif ?

Tuons le suspens dans l’œuf.
"A Matter Of Life And Death" a vu son écriture débuter fin 2005, après un repos court postérieur à quelques apparitions en festivals, sur les terres d’Europe comme aux Etats-Unis. D’emblée, l’écriture et (surtout) le rendu s’avèrent bien supérieurs à "Dance Of Death", et ce sur tous les plans. Le son est fichtrement rock, rugueux, comme annoncé. C’est la conséquence logique d’un enregistrement fait en conditions "live in the studio" comme on dit. Que les frayeurs des puristes soient dissipées : les claviers encombrants et cheap du précédent enregistrement ont quasiment disparu de la surface ou, du moins, se voient mixés avec plus de mesure et d’ingéniosité (l’épique "The greater Good of God"). Sur le strict plan du rendu, le son s’avère d’ailleurs et globalement le plus brut depuis… allez, lâchons nous, "Piece Of Mind". Le groupe a refusé de publier le mastering de Shirley et ce sont les bandes simplement mixées qui constituent le contenu de ce nouvel opus, au cœur duquel (sans surprise…) on retrouve tous les gimmicks faisant Iron Maiden. Les compositions, pour ainsi dire, ne prennent point trop de risques, sauf en fin de parcours : sur "Lord of Light" notamment, dont certains arrangements en surprendront plus d’un ; mais surtout sur "The Legacy", dont la première partie en clair laisse à penser que nos gaillards se sont fadés "Led Zeppelin III" en boucle durant quinze jours avant d’écrire cet alambiquée mais néanmoins intéressante sortie, forant assurément le titre le plus osé de Maiden depuis 2001.

Les structures musicales, elles, et pour aussi prévisibles qu’elles soient sur le plan des mélodies et des agencements rythmiques, restent à classer parmi les plus héroïques et habitées de Maiden depuis "Brave New World" (l’ouverture "Different World" remplit mieux son job, à titre indicatif, qu’un titre moyen tel que "The wicker Man"). Clairement ancrés dans une culture "progressive", les formats longs impulsés par la percussion impeccable et typée de Nicko McBrain dominent et, après un départ simplement efficace sur les deux premiers titres (dont un "These Colours don’t run formant le premier essai semi-long), le groupe corse très nettement le propos à partir de "Brighter than a Thousand Suns", un titre qui n’a rien à voir avec Kiling Joke mais qui permet au collectif d’épouser des rythmiques lourdes et de renouer avec les célèbres triolets, mais aussi de développer le véritable premier format à rallonge du disque (8 minutes 44 au total). L’un des plus enthousiasmants, sans doute aussi. Suivi par le très efficace "The Pilgrim" (futur single ?), il confirme un retour en forme que dessine très nettement toute la deuxième moitié de l’album, sur laquelle les titres à rallonge, tous habités ("The Reincarnation of Benjamin Breeg", tout en riffs plombés sur tempo medium, un single franchement osé), permettent à Iron Maiden un assez remarquable travail sur les guitares et une basse mixée très dure. Pas excessivement bavard (mais surtout assez inspiré) en matière de soli, le sextet parvient sur la globalité de ce nouvel album à retrouver une vraie splendeur, une agressivité crasse qui n’apparaissait que peu sur "Dance Of Death". Ce dernier essai aurait formé sans doute une sortie par une porte un peu trop petite, mais voici l’affaire réglée… au moins jusqu’au prochain album studio puisqu’en définitive, le groupe aurait décidé de ne pas jeter l’éponge. Maiden semble bien reparti pour un tour (voire plusieurs), et ses armatures musicales, rigoureuses mais malheureusement peu innovantes, soutiennent le chant d’un Bruce Dickinson franchement époustouflant (sur le plan lyrique plus que textuel, s’entend). Elles signent aussi le contraire de ce qu’on attendait, à savoir le retour à une hybridation claviers/guitares type "Seventh Son Of A Seventh Son". 2006, clairement, est une époque vouée aux guitares. Le British Heavy Metal, on appelle ça, de mémoire.

Difficile de dire si "A Matter Of Life And Death" touchera les vieux fans autant que leurs premiers enregistrements, car la nostalgie est tenace et l’habitude a eu le temps de s’installer, un peu fatalement. Mais assurément, il se classera parmi les albums les plus habités et musicalement fluides qu’Iron Maiden ait engendrés jusqu’ici. Les plus "naturels" donc, oui, c’est vrai. Qualitativement, le niveau est en très sérieuse hausse, et c’est au moins sur le même rang d’estime que celle éprouvée pour "Brave New World" qu’on rangera ce nouvel opus du sextet Heavy.
Et honnêtement, vu d’ici, ça n’est pas peu dire.


1. Different Worlds
2. These Colours don't Run
3. Brighter than a Thousand Suns
4. The Pilgrim
5. The longest Day
6. Out of the Shadows
7. The Reincarnation of Benjamin Breeg
8. For the greater Good of God
9. Lord of Light
10. The Legacy