Jesu


Pale Sketches


Hydra Head Records


Post-rock industriel


2007




Jesu, Justin K. Broadrick, Godflesh, l'orage, l'intensité d'une tension insoutenable dans l'air ambiant... on ne présente plus tout cela. Jesu a été acclamé ici et là, disséqué ailleurs et analysé partout. Aujourd'hui l'heure sonne pour Broadrick de livrer le plus intime, de dépoussiérer ses meubles pour -sans doute- se vider la tête et repartir de frais, après avoir livré les ultimes unreleased tracks. Des pistes enregistrées depuis les débuts et même avant (2000), dont certaines ont servi de matière première, terreau où Jesu est venu à un moment ou un autre piocher les idées, les ambiances, sans que jamais le brouillon n'ait eu une autre reconnaissance que celle de son statut : vaguement utilisé une fois, ignoré mille. L'objectif, alors, d'une telle livraison, limitée à 2000 exemplaires CD, est clairement documentaire. « Pale sketches » est une "aide à la compréhension" de l'œuvre de Jesu. Il n'en est en aucun cas une nouvelle pièce.
Les pistes sont en effet d'un intérêt musical variable, baignant dans une hétérogénéité d'intensité et de pertinence découlant naturellement de la discontinuité chronologique de leur écriture. « Wash it all away » est des meilleures. Le lancinement infligé par les structures répétitives est porté par une assise rythmique franche et confortable, qui porte sa puissance contemplative à une efficacité maximale. « Dummy », aux évolutions plus complexes, raccroche l'ambiance d'hypnose aux guitares salement saturées. Mais, derrière, des « Don't dream it » ou des « Plans that fade » s'avèrent trop approximatifs, pas assez matures, ou parfois même trop enjoués. Les premiers jets ne sont pas tous autant inspirés, et nous détournent de l'envoûtement vers les longueurs.
Un enregistrement à réserver donc aux analystes curieux du cas Jesu, à ceux qui veulent approfondir leur culte du post-rock industriel. Les autres pourront à loisir débattre du bien-fondé de son existence même. Et la regretter, ou non. Mais, in fine, si on approuve la prise de risque de jouer la transparence, on retiendra qu'un vrai magicien ne livre jamais ses tours.


01 Don't dream it
02 Can I go now
03 Wash it all away
04 The playgrounds are empty
05 Dummy
06 Supple hope
07 Tiny universes
08 Plans that fade