Kataxu


Hunger Of Elements


Supernal Music


Black metal symphonique de haut vol


2005




One-man-band polonais fondé en 1995 par un certain Piaty, Kataxu se fait connaître dans le milieu BM underground par une première démo, "North", sortie en format cassette la même année, puis par l'EP "Root Thunder" en 2000 (là encore principalement disponible en format cassette) dont les 30 minutes de black metal aux claviers délicats, teinté d'atmosphères mystérieuses, laissent entrevoir le potentiel créatif du groupe. Mais il faudra attendre en 2005 (10 ans après la création du groupe !) pour voir arriver le premier véritable album de Kataxu dont la naissance a été assistée par plusieurs musiciens de session entourant le noyau dur formé par Piaty (chant, guitares, claviers, paroles) et désormais Melfas (claviers et arrangements).
Arrêtons-nous d'abord sur cette magnifique pochette. Un ciel nocturne orageux, de la foudre gorgée d'une divine colère lézardant les nuages bleutés, une croix inversée s'élevant au beau milieu de cette furie céleste : tout est là pour faire démarrer notre imagination tout en nous mettant l'eau à la bouche. Et cette image va se révéler être en parfaite adéquation avec le contenu du disque.
Dès les premières secondes, l'auditeur est littéralement happé dans un autre monde où il va vivre un fabuleux voyage de 48 minutes, voyage durant lequel il va traverser d'immenses forêts ou voler au dessus de paysages montagneux grandioses sous ce majestueux ciel orageux, assailli par un maelström d'émotions.
Ambiances et émotions : deux maîtres mots régissant la musique de Kataxu au concept basé sur le Cosmos et la Nature avec une pincée de Paganisme, musique qui ensorcelle l'auditeur avec un facilité déconcertante à grand renfort de claviers. Parlons-en, de ces claviers : cristallins et épiques, véritable fil conducteur de ce black metal cosmique, omniprésents mais jamais envahissants, ils délivrent avec subtilité nappes grandioses et mélodies envoûtantes, soutenus par un mur de guitare ultra-saturé et une assise rythmique solide et organique qui n'emploie le blast-beat qu'avec parcimonie. Ces mêmes claviers sont assistés avec brio par un chant écorché, possédé et poignant, qui transmet sa terrible haine à un l'auditeur déjà éprouvé par l'intensité du voyage.
Les adeptes de l'ultra-violence et du satanisme de comptoir peuvent d'ors et déjà passer leur chemin.
"Hunger of Elements" se décompose en 6 morceaux : 3 longs morceaux "black" (1, 3, 5) qui dépassent tous la barre des 10 minutes, et 3 morceaux plus courts entièrement joués aux claviers (2, 4, 6) faisant office d'intermèdes judicieux ou d'outro. Les morceaux "métal" présentent une structure assez complexe sans pour autant être surchargés et échappent à toute linéarité ou répétition. À aucun moment l'ennui ne va apparaître au cours de ces longs hymnes au souffle épique et majestueux, riches en trouvailles sonores ingénieuses et en mélodies d'une beauté saisissante.
De plus, la musique de Kataxu est aidée par une production très honorable pour un groupe de cette trempe, les claviers ne sonnant jamais "cheap" et la plupart des instruments étant facilement discernables les uns des autres. On pourrait peut-être regretter le son de batterie parfois un tantinet brouillon, une basse quasi-inexistante et un manque de clarté dans les riffs de guitares, qui font ici principalement office de fond sonore.
Enfin, le livret n'est pas en reste avec de magnifiques images, certaines étant des clichés de l'espace pris par Hubble.
L'intensité des émotions et des ambiances qui se dégagent de "Hunger of Elements" rivaliserait presque avec celle du "In The Nightside Eclipse" d'Emperor (le soufre en moins) ou du "Bergtatt" d'Ulver. Avec ce premier véritable essai, Kataxu semble avoir débuté sa carrière par un coup de maître. L'orientation idéologique de son géniteur, que l'on espère purement provocatrice tellement le fossé entre son engagement politique et son génie musical est énorme, peut laisser un arrière goût amer à cette succulente pépite, mais fort heureusement l'idéologie en question ne transparait à aucun moment dans la musique, dans l'artwork ou même de manière explicite dans les paroles.
Maintenant vous êtes prévenus, mais il serait dommage de passer à côté d'un tel chef-d'oeuvre...


1. In My Dungeon !
2. In Arms Of The Astral World
3. Below The Tree Of Life
4. Nightsky
5. The Manifesto Of The Unity
6. The Breath Of Atlantis