Killing Joke
Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions
Futurist
Metal Industriel
1990
Fin des années 80. « Outside The Gate », qui termine pour Killing Joke la période new wave débutée sur « Night Time » et poursuivie sur « Brighter Than A Thousand Suns », a été un échec public et critique retentissant. Il faut avouer que son ton mielleux et ses mélodies ronflantes et peu captivantes témoignaient d’un sérieux manque de substance, y compris face aux deux disques précédents qui, eux, étaient marqués par une exigence artistique intacte. Bilan des courses : Killing Joke, qui n’a plus grand-chose à dire, décide d’arrêter les frais et se sépare.
Mais fort heureusement, le split ne durera pas. Jaz Coleman va jouer quitte ou double en proposant à ses anciens comparses d’oublier les éparpillements « grand public » et de revenir à ce qui faisait les bases du son Killing Joke : l’urgence. Aux antipodes de la production léchée de « Brighter Than A Thousand Suns », « Extemities, Dirt, And Various Repressed Emotions » sera enregistré en 48h et mixé de façon sommaire pour préserver cette urgence et cette spontanéité. Mais au-delà de la production, c’est véritablement la ligne directrice de cet album qui opère un virage à 180° : pas question pour Coleman et ses acolytes de se contenter d’un bête retour en arrière pour faire plaisir aux fans. Il s’agit de frapper plus fort, de donner plus de force au propos, de relâcher quelque peu les brides qui canalisaient tant bien que mal la violence qu’on devinait derrière les compositions sales et tortueuses de « What’s THIS ! For » ou l’humour grinçant de « Revelations ». En ce début des années 90, le metal industriel commence tout juste à faire parler de lui, et se réclame déjà de l’influence des premiers travaux de la blague qui tue ; rien d’étonnant à voir le groupe se lancer à corps perdu dans cette voie et renforcer sa position de père fondateur avec un disque qui pose, bien plus que l’éponyme de 1980, un certain nombre de bases de ce style musical.
A ce titre, "Extremities" est un disque capital dans l'évolution du groupe, dans le sens où il ouvrira la voie pour le gigantesque "Pandemonium" en réalisant une transition vers un son à la ligne de conduite plus dure, mais qui évite le bête bourrinage au profit d'arrangements chiadés et d'ambiances à la puissance évocatrice certaine. Si le disque s'ouvre sur le très direct "Money Is Not Our God", ce n'est que pour mieux surprendre à l'arrivée de pièces comme "The Beutiful Dead" ou "Solitude" à la structure éclatée et tortueuse, limite insaissisable. Le groupe semble en permanence au bord de l'explosion et nous assène tortures bruitistes (les crissements d'"Extremities"), textes revandicatifs portés par une voix très agressive (le chant de Jaz Coleman dévoile ici à plusieurs reprises des inflexions très rugueuses qu'on ne lui connaissait pas) et, même sur les compositions les plus apaisées en apparence ("Slipstream", proche des travaux accomplis sur l'excellent "Fire Dances") le malaise ne tarde jamais à vampiriser la musique et se glisser insidieusement chez l'auditeur.
Soyons clair : si ce disque est tendu comme une corde, l'explosion rageuse qui est ici largement annoncée n'aura véritablement lieu que sur l'opus suivant, le dantesque "Pandemonium". Pour l'heure, nous avons affaire à un disque de transition, mais un disque de transition d'une qualité impressionnante que peu de groupes peuvent se vanter d'égaler, même en pleine maturité artistique. Desservi par une mauvaise distribution, "Extremities, Dirt And Various Repressed Emotions" et un des albums les plus méconnus de Killing Joke ; c'est là une profonde injustice qu'il ne tient qu'à vous de réparer.
01. Money Is Not Or God
02. Age Of Greed
03. The Beautiful Dead
04. Extremities
05. Intravenous
06. Inside The Termite Mound
07. Solitude
08. North Of The Border
09. Slipstream
10. Kaliyuga
11. Struggle