Rythmiques tribales ou plus dansantes, guitares d'acier (Geordie, pilier du son Killing Joke), le collectif laisse une énergie toute froide exploser à la face du monde. Et il pose les bases d'une œuvre dont les premiers essais marqueront à tout jamais la musique des deux dernières décennies du vingtième '>
Killing Joke
Killing Joke
E’G / Virgin
cult inventive & apocalyptic post-punk
1980
La mort du punk ? En 1980, rien n'est moins sûr, avec le recul. Car le son rugueux et apocalyptique de Killing Joke vient alors secouer ce qui reste de chair sur le soi-disant "cadavre".
Rythmiques tribales ou plus dansantes, guitares d'acier (Geordie, pilier du son Killing Joke), le collectif laisse une énergie toute froide exploser à la face du monde. Et il pose les bases d'une œuvre dont les premiers essais marqueront à tout jamais la musique des deux dernières décennies du vingtième siècle. Mur du son. A gorge déployée, Jaz Coleman dont le grain de voix, déjà, est très affirmé - harangue son monde, hurle son dégoût, dit sa crainte des lendemains. Tout premier essai du combo, cet album éponyme (suivi par un second, effroyablement puissant, en 2003) est produit par le groupe lui-même et offre une phase test décisive. Killing Joke y redéfinit le Punk, le dégénère et joue la carte de l'hybridation, associant à sa dangerosité fugaces couleurs dub, groove black et l'urgence de claviers froids et épars ("Requiem").
Préfiguration entre autres - d'une New Wave glaciale, "Killing Joke" renferme un propos plus extraverti, "physique", et moins "arrangeur" que cette dernière. Harmonies de guitares malignes, rendu global caverneux, le premier album concentre une effluve bigarrée, étrange (le groove limite funky de "Bloodsport"), et VIOLENTE. Killing Joke y présente une assise rythmique froide devenue par la suite implacable. Sur l'inébranlable "Wardance" (harmoniques de basse en renfort d'une rythmique ronde et aux contretemps basiques), le groupe, sans le savoir, se révèle précurseur de certaines des formules reprises in fine par les pontes du Metal Industriel : ainsi, les effets de saturation sur des voix possédées pourraient rappeler un Ministry de première génération tandis que les guitares, elles, restent ancrées dans un propos plus incisif que véritablement lourd. Tout est dans la rythmique, dans cette note qui grince au-dessus du magma des basses, dans cette frappe basique de caisse claire qui aplatit des guitares qui, pourtant, aimeraient bien dépasser ce groove minimal ("Tomorrow's World", véritable marche funèbre). Des guitares qui trouvent des accents purement guerriers sur l'attaque des titres finaux : les cultissimes "Complications" (très représentatif du type de rythmiques et de couleurs que développera New Model Army sur ses premiers essais) ou "The Wait" (repris plus tard et brillamment - sur leur "Garage Incorporated" par un groupe nommé Metallica) associent ainsi à la sécheresse de l'attaque mélodies planantes et sépulcre des ambiances.
Sans le savoir, Killing Joke délivre ainsi un premier essai aussi étrange, inclassable et puissant, que désolé, point de repère pour bon nombre de formations et de mouvements en devenir. Précurseur, sale et effrayant, ce premier opus inaugure une discographie à rallonge, aussi époustouflante que parfois très - décevante, mais de laquelle transpire toujours une rage de la survie.
En 1980, nous n'étions pas au bout de nos surprises. Il y aurait bientôt "What's THIS For !", "Revelations", "Fire Dances", "Nighttime". Plus tard, les incroyables "Extremities, Dirt & Various Repressed Emotions" et "Pandemonium", un disque Metal-Industriel de facture très supérieure et qui remettrait en cause, une fois de plus, tous les acquis.
Bref, ça promettait. Et ça promet toujours.
Inouï.
1. Requiem
2. Wardance
3. Tomorrows World
4. Bloodsport
5. The Wait
6. Complications
7. S.O.36
8. Primitive