Kom Intern


Funkspiel


Brume Records



2002




La musique ambiante de Kom Intern n’a rien perdu de son étrangeté. Minimaliste et hypnotique, elle ouvre les entrailles de l’âme pour mieux s’y refléter. Que ceux (il y en a encore) qui attendent de voir en Kom Intern quelques relents possible de feu Corpus Delicti désenchantent immédiatement : le propos à tenir sur le petit nouveau « Funkspiel » y est radicalement opposé : entièrement électronique, la musique de Kom Intern s’appuie sur des rythmiques aux consonances industrielles sur lesquelles viennent se greffer des ambiances sourdes et des sons parasitaires qui donnent à l’ensemble une aura trouble. « Zinoviev’s requiem » entame la danse par l’installation de quelque chose d’à la fois moite et mécanique, dérangeant et introspectif. Bien moins linéaire que sur le premier opus « Order 937 », l’électronique de Kom Intern varie les plaisirs et prend de l’assise : « Stakhanovism noise work » vise l’oppression à son tour, mais les impulsions rythmiques s’y font plus dures et linéaires qu’en introduction. Les chaînes de production et leur cadence infernale s’y réalisent, l’ensemble instrumental singeant la déshumanisation engendrée par la logique système. Des ambitions orchestrales naissent d’ailleurs sur ce deuxième morceau, et au vu du résultat déjà probant, le meilleur reste à venir. L’ensemble de ce qui suit ne dénote pas : « Funkspiel » est une surprise plus qu’excellente et réveille les ténèbres de l’intérieur. « Kamikaze komplex » superpose les sons glaciaux et synthétiques, et prolonge l’option parasitaire. L’infection parasitaire semble d’ailleurs être l’un des principaux argument soniques de Kom Intern : l’album est truffé de saturations et distorsions en tous genres, sur les phases rythmiques comme sur les plages harmoniques. Les ambiances les plus minimalistes n’échappent pas à ce traitement (« Mausoleum (12/08/00) ») et Kom Intern, du haut de ses machine, prend d’assaut l’esprit comme Corpus Delicti s’était emparé de nos corps : le rock en moins, le froid en plus.