L’Enfance Rouge n’est pas de ceux-là, et son nouvel album Krsko-Valencia est là pour nous l’apprendre (ou nous le rappeler, c’est suivant).
Guitares hérissés, basse marécageuse et batterie au groove éthylique forment la base de cette recette fortement t'>
L'Enfance Rouge
Krsko-Valencia
Wallace Records
Noise/ Experimental Rock
2006
Il est des albums propices à la rêverie, invitant à se laisser aller à une douce mélancolie, des musiques qui vous transportent loin des tracas du quotidien, des artistes qui nous aident à mettre un peu d’onguent sur nos blessures…
L’Enfance Rouge n’est pas de ceux-là, et son nouvel album Krsko-Valencia est là pour nous l’apprendre (ou nous le rappeler, c’est suivant).
Guitares hérissés, basse marécageuse et batterie au groove éthylique forment la base de cette recette fortement toxique. Rajoutez à cela un chanteur qui semble se gargariser avec des éclats de verre (il y a la voix de Chiara aussi, mais elle me semble moins importante), des textes absolument nihilistes, et vous aurez une idée de ce que peut-être le rock bruitiste et extrêmement cru de L’Enfance Rouge ; un rock qui vous laisse un goût de poussière et de sang dans la bouche, l’impression de se prendre un shoot de réalité, et que ça ne fait pas du bien. Ne vous méprenez pas, c’est bien d’un grand disque et d’un groupe unique en son genre que je parle, simplement, un peu de masochisme est nécessaire à son écoute.
Bien sur, des noms viennent au fil de l’album : Shellac, Sonic Youth, Diabologum/Programme/ Experience, Teenage Jesus and The Jerks ou encore Virago, mais l’Enfance Rouge ne fait pas de la resucée et ne sonne que comme lui-même.
Brutal, à rebours de l’oreille, profondément sincère, jusqu’au malaise même.
Evidemment, certains rejetterons ce disque, comme ils ont rejeté les films d’Haneke, ou la prose scalpel de Burroughs : par effroi, par peur de voir leur réalité brute, leur part d’ombre, pour éviter de prendre le risque de ne plus dormir.
Oui, « Krsko-Valencia » réveille, et le spectacle n’est pas forcément des plus réjouissants, L’Enfance Rouge pousse pour nous les cris restés prisonniers, certainement pas pour nous apaiser, mais plutôt pour réveiller nos angoisses, nos névroses, nos échecs et nous interdire de les fuir plus longtemps.
Toute la force de ce disque est là, dans sa dynamique née de la dissonance, dans ses rythmes bouffés par l’érosion, dans ses ambiances à la limite, et parfois au-delà, de l’insupportable ; tout est fait pour faire réagir l’auditeur, pour amorcer en lui une révolte, un questionnement voué à l’échec peut-être, mais qui a le mérite de balayer les illusions et de pousser à l’action : prendre une guitare, un stylo ou une camera et dire sa vérité sans craindre la moquerie, l’hostilité, l’incompréhension « et tant pis si je meurs demain ».
Vous l’aurez compris, un disque idéal pour se taper la tête contre les murs, aller hurler dans les rues, voire fomenter une révolution.
On avait presque oublié, submergés par les groupes de minets qu’ils soient post-punk, « garage » , grunge ou je ne sais quoi, qu’on pouvait demander ça au rock : changer nos vies.
1- Iparalde
2- Palais Bourbon
3- Kérosène
4- (Paris-) Djibouti
5- Chapelle Sauvage
6- Barrio Chino
7- Calle De Los Desemparados
8- Davos Bei Nacht
9- Gaio e Giallo
10- La Fille aux jambes rayées
11- Pantocrator
12- Noir Orange
13- Caracas/ Lusaka / Berlin
14- Colloquio...
15- Hurricane Lilly