Lacuna Coil


Comalies


Century Media



2002




Aux dires de certains, Lacuna Coil n’avait jamais réussi, jusqu’à présent tout du moins, à concrétiser les promesses que tenait en germes leur Gothic Metal adolescent et référencé. Frais et volontaire mais en même temps assez peu ambitieux, celui-ci s’était attiré régulièrement de franches sympathies, sans que l’adoption soit jamais définitive. Lacuna Coil était un assez bon copain de fête, boutonneux mais passionné. Aujourd’hui, il est en passe de devenir un membre de la famille. Le troisième album, « Comalies », est de ceux qui font oublier les approximations et les errances des premiers essais. On avait parfois regretté les facilités et les longueurs de « Unleashed memories », mais le groupe emmené par Cristina Scabbia se dévoile, et sa régénération identitaire a lieu sur le nouvel opus. On n’échappe certes pas aux constantes : les mélodies empruntent toujours à la pop les mélodies, laissant les guitares piocher ci et là quelques éléments rémanents du Gothic et du Metal estampillé 90’s. Mais en même temps, Lacuna Coil ne se contente pas de délivrer un album mainstream de plus : le propos se décale davantage vers des arrangements électroniques (« Daylight dancer », brûlot gothique catchy – « Humane », mélancolie en ballade), ce qui laisse supposer la capacité des italiens à lorgner vers d’autres contrées. Mais l’atout maître du sextet reste bel et bien l’art consommé de pondre la mélodie évidente. Et pour aussi direct qu’il soit, l’ensemble, de fière allure, ne lasse jamais, ce qui forme bien bel exploit. Peut-être, certaines compositions restent-t-elles encore en-dessous de ce qu’il faut pour que Lacuna Coil signe ici le chef d’œuvre parfait. Mais on est plus près du bon compte que de la simple moyenne. Les améliorations sont très nettes : du duel passé, les voix masculines et masculines passent bien à l’unisson. Andrea Ferro, d’ailleurs, gère mieux son affaire (« Tight rope ») qu’au début, période initiatique durant laquelle ses vociférations prêtaient plus à sourire qu’autre chose. Sur « Comalies », c’est tout un groupe qui célèbre l’union : les guitares font bloc, et les riffs structurent un ensemble aéré (« Entwined », atmosphère lancinante – « Swamped » et ses réflexes orientaux) et dynamique (« Unspoken », second brûlot gothique de l’album, n’a rien à envier à la pesanteur du single « Heaven’s a lie »). Cristina Scabbia mène de nouveau l’assaut brillamment, même si sa marge de progression reste moins évidente que celle de son compère : la voix féminine tient encore le haut du palier, sans qu’on puisse aussi directement qu’avant faire le rapprochement avec The Gathering. Le spleen débordant de « Comalies » a peut-être donné une nouvelle aura à Lacuna Coil. Insensiblement, les plages défilent, donnant naissance à un nouveau monde, cohérent et beau. Les façades d’antan ainsi se fracturent, et un visage émerge du magma : le Gothic Metal a peut-être trouvé une authentique et nouvelle figure de proue, mais ce qui est certain, c’est que le combo italien, lui, commence à « se » trouver. Et sur « Comalies », il s’assume de manière plutôt belle. C’est bien la seule chose qu’on lui demandait.