La vie aussi, peut-être.

Ce disque forge un nouveau Rock. Il emprunte à Sonic Youth et My'>

Ladytron


The Witching Hour


Island


experimental cold pop


2005




Ce disque va tout casser.
Tous les repères.
A ceux qui croyaient révolus les accents Cold, à ceux qui croyaient que la Pop ne pourrait jamais embrasser bruit contenu et production glacée, se forger une nouvelle respectabilité dans l'incorporation de synthétiques expérimentations esquissées depuis les années 70, à tous ceux là Ladytron viendra casser les a priori carcans.
La vie aussi, peut-être.

Ce disque forge un nouveau Rock. Il emprunte à Sonic Youth et My Bloody Valentine leurs démangeaisons ("White Light Generator"), les greffe sur un beat bondissant et peu maniéré ("Destroy everything"). Où sont les guitares, où sont les synthés ? Tout se mélange ici, organisant la fusion des machines et des cordes pour accoucher de pures perles Pop, "classes" mais dont l'apparent chic masque quelque chose de bien plus insidieux. La crasse ne l'emporte-t-elle pas toujours sur L'Oréal ?

New Order avait essayé de s'extraire de la déprime, un temps. Il fallait jouer en club. Aujourd'hui, la dépression va regagner les pistes, c'est sûr. Elle va mettre tous les apôtres du stupre facile à genoux. Dictat rétrograde ? Remise en cause, plus sûrement. Danser, oui, mais dans la crainte de lendemains grisâtres. Cette Grande-Bretagne là, alors, n'est pas rassurante. Sa Pop se déglingue franchement, perd la notion du confort. L'époque n'est plus au tout comprendre, il s'agit de remettre à flot dame circonspection. Aussi blafarde que ce quatuor aux visages d'anges trompeurs, la Pop, déglinguée, frôle les chemins du psychédélisme pour entonner d'hypnotiques ritournelles, traficote à l'envi les textures et mélange les genres. Les chauves-souris se marrent franchement. Ah ah. Et le style, tout aussi robotique que sur les précédents "604" et "Light & Magic", a touché cette fois un rendu plus organique. Il ne s'agit plus de tergiverser, d'aplanir ou de retenir. Incision, face à laquelle le polissage aura du mal à tout rechaper.
Parcourues de fréquences étranges ("AMTV"), les chansons n'amusent jamais vraiment leur monde, sur "The Witching Hour" : les voix, désincarnées, font se mouvoir une carcasse dont les postures aguicheuses voudraient vous inviter à la danse. C'est vrai qu'on gigoterait bien comme des damnés sur ce single impeccable, "Sugar", ou sur cette imparable mélodie, "The last one standing". Mais il y a un truc qui rebute, qui fait peur. Cette pop là est empoisonnée. Mira Aroyo et ses trois potes sont des vampires, ils aspirent nos consciences jusqu'à nous faire oublier à quel point la Pop nous rassura sur notre condition de vivants dans les années 80. New Order nous a longtemps fait marrer, mais ça risque de ne plus le faire. Ou plus longtemps. Ladytron prend ses marques, mord. Et a du sang neuf, à revendre.

Aujourd'hui, la donne a changé. Un monde meilleur n'est plus possible, et les pistes de danse concentrent beaucoup de désillusions. A trop vouloir s'impliquer dans le mime du bonheur, on y brûle ses ailes. Avec le son que vient d'ébaucher Ladytron, c'est a priori l'heure de se dire que les dernières déprimes sonnent, et qu'il va falloir faire face. Que l'échappatoire donne sur un mur. Parche arrière, toute. Les années 80 sont mortes, il va falloir en inventer d'autres. Les machines nous amènent peut-être aujourd'hui à notre dernier tour sur la piste ("Soft Power" ou l'obsédant "Weekend"). Bref : il y a de l'esprit là dedans, quelque chose qui fait de "The Witching Hour" l'album qu'on n'attendait plus. Il condamne, et ne promet rien. Il est celui de ceux qui vont devoir quitter les illusions, mais que les délices de la sortie du sommeil maintiennent dans un état de statu quo.

"Je ne veux pas partir, je veux encore rêver".

Ton rêve est terminé, mon gaillard.
La Pop a muté, et Andy Warhol est mort.
Le soleil se lève, la cité sera bientôt en ruines, et les clichés et héros de pacotille qui rassuraient les flots d'existences vont bientôt tomber.
Un à un.

Bonne chance.


1. High Rise
2. Destroy everything you touch
3. International Dateline
4. AMTV
5. Sugar
6. Soft Power
7. CMYK
8. Fighting in built up Areas
9. Last one standing
10. Weekend
11. Beauty 2
12. White Light Generator
13. All the Way