Letum
Broken
Cold Meat Industry
apocalyptic industrial dark ambient
2006
Le Suédois Mattias Henriksson est de retour, avec un faramineux second album complétant la jeune discographie de son projet dark ambient orchestral (et solitaire) Letum.
"Broken" s’avère, dans ce genre très codifié, une réussite esthétique totale. Henriksson, après "The Entrance To Salvation" (2001), parvient à conjuguer avec aisance des phases purement ambiantes et abstraites, et leur parasitage par des textures bruitistes (… dans un genre comparable aux abysses générées par les travaux initiaux de Raison d’Être). La nervure, en somme, est tout à la fois sale et noble. Son indicatif, synthétique et orchestral, est d’acabit très supérieur et image avec beauté la tourmente et la source d’inspiration principale de ce nouvel essai : la frustration.
Les nappes survolent ainsi sans insistance les abîmes traversés de chœurs dramatiques (comme sur le titre éponyme), Letum déployant tout du long une dramaturgie oppressante et réflexive. Ses atours religieux sommeillent au coin de certaines outros : tintements de cloches ou voix opératiques au choix, ces dernières naviguant en apesanteur au-dessus des paysages venteux et désolés de "Betrayed", avant que l’orgue ne prenne un rôle central au sein de cette composition. Ici naît précisément l’oppression vocale, à travers un spoken word saturé et imprécatoire. Letum fausse le calme et creuse l’espace, préférant générer l’opaque et sculpter les volumes plutôt que d’écraser, sauf à de rares reprises : sur "Shadow" principalement, Letum décide d’épaissir sensiblement un trait qui, pour le coup, dessine un souci plus marqué par les apparats post-industriels (version écrasante / In Slaughter Natives en référent dissimulé, en raison notamment de la teneur de l’approche vocale, susurrée et horrifique). Généralement, tout se fonde sur "Broken" sur l’évocation, l’irruption des plastiques religieuses ("Staring at nothing") raffermissant au gré de l’inspiration de Henriksson une cinématographie intime, abyssale et désespérée.
A vrai dire, on ne s’attendait pas à pareille réussite à l’entame de ce nouveau chapitre, qui constitue assurément l’un des travaux dark ambient les plus classiques mais en même temps les plus émouvants voire troublants, qu’il nous ait été donné d’apprécier en 2006. Cold Meat Industry peut être fier de cette référence, dont le sépulcre fait dans le superbe.
1. Solititation
2. Attempt (Failure)
3. Broken
4. Betrayed
5. Staring at nothing
6. Shadow
7. Silence
8. Dissolving
9. Communion
10. Tears