Limbonic Art


The ultimate death worship


Nocturnal Art / Plastic Head



2002




Le duo norvégien Limbonic Art commet “The ultimate death worship” à une époque où l’on s’interroge – et avec légitimité – sur l’avenir d’un genre tel que le Black Metal. Tiraillé entre les schémas rigoristes et réducteurs des puristes, tenants du « True » Black, et la volonté d’ouvrir le genre s’éveillant chez certains, le mouvement semble arrivé à un point de rupture. Point de rupture marqué par, d’un côté, la surabondance de productions médiocres, voire mauvaises, de l’autre la quête impossible de personnalité par une myriade de groupe ressassant sans complexe aucun les sempiternels clichés estampillés 666. Dans ce contexte, Limbonic Art fait un peu figure d’ovni. « The ultimate death worship » est à la croisée des extrêmes du présent débat. Le son de l’album est en effet loin de se rapprocher d’une grosse production ; mais il reste assez clair pour mettre en exergue les rugueuses constructions mélodiques du groupe. Car de mélodies, il en est bien question ici. Le disque se gorge d’atmosphères épiques et décadentes, et se pare d’une violence infinie pour redéfinir les contours du genre. Sur le plan du son, en fait, Limbonic Art prend le contre-pied de groupes tels que Rotting Christ sur « Genesis » : le son crû et les réverbérations, assez rares, rendent au style une agressivité plus directe, moins confortable. Dès le titre éponyme introduisant le disque, l’intention semble assez claire : Limbonic Art ne prétend pas incarner une vision contemporaine du Black Metal : au contraire, il se réfère aux sources du genre pour combiner à son agressivité originelle une approche mélodique, aux antipodes du True Black. Harmoniquement, les ingrédients du style figurent en bonne place sur ce nouvel opus : les rythmiques restent rapides mais se décomposent en une myriade d’approches. Il n’y a de réelles cassures qu’à de rares occasions, et ce en dépit du fait que les morceaux restent assez longs. Et il se dégage de « The ultimate death worship » une impression de dureté plus que de puissance, un peu comme si le groupe construisait un nouveau bloc, inattaquable. Une forteresse imprenable et nouvelle, autour de laquelle les claviers s’organisent, symbolisant l’assaut, mais buttant sur des guitares inflexibles et lyriques, puissantes et finalement dominantes. Le Black Metal trouve ici une nouvelle assise, entre passé et futur. Sans faire le choix d’un camp, les énergies s’y catalysent de manière intelligente, et rien qu’en cela, l’opus incarne une nouvelle source d’idées pour le genre. Ce genre, d’ailleurs, doit-il choisir entre un camp ou un autre ? Son avenir ne se résume-t-il qu’à cela ? « The ultimate death worship » permet d’en douter sérieusement, et rassure sérieusement sur le potentiel de création qui réside encore en Norvège.

Releasedate : 16th september 2002