Marble Arch


Another Sunday bright


Century Media



2002




Il s’agit d’émarger désormais, de quêter le sens. Quitter les champs balisés, en premier lieu. Du rock gothique des années 80, Marble Arch n’a gardé que le sens des atmosphères et refusera toujours, à coup sûr, les chemins que le Metal a balisé vers l’appropriation de ce genre en pleine décadence. Tout tracé, le devenir de Marble Arch n’est pas. Plus enclin à faire de l’œil à Radiohead, Jeff Buckley ou Anathema qu’à céder à l’échappatoire vers le prévisible, Marble Arch charpente, sur ce premier véritable album, les périphéries d’un style déjà mûr. Très favorables à la superposition des sons de guitares clairs et voix du même tonneau, ces ex-Evercry injectent une sensibilité plutôt mélancolique à un rock dont la puissance se définit davantage par la subtilité des rythmique que l’amas sonore (« Sudden showers » et « Silent dance », où les guitares enlevées accouchent d’une beauté indéniable). Les structures musicales restent tenues à une simplicité biblique du début à la fin de « Another Sunday bright », et c’est résolument la voix qui porte l’ensemble (« Dead air », aérien) : il faut avouer qu’à ce niveau, Johan Wadelius est plutôt bien doté. Abandonnant la basse à son désormais permanent compère Jesper Bagge, le leader assume les premiers rôles en amenant ce qui aurait pu ne constituer que de belles mélopées vers quelque chose d’incomparablement supérieur (« For real », rythmique tendue pour spleen transi – « Not the ones », mélopée du désespoir naissant). Sur la forme, l’ensemble pourrait d’ailleurs presque passer pour classique, s’il n’y avait cette flamme au fond du couloir, cette lumière qui force l’œil à rester ouvert. Il y a un mystère Marble Arch. Quelque chose que Katatonia avait touché, à sa manière, sur « Last fair deal gone down ». Mais là où ces derniers jouaient sur les gris, Marble arch préfère donner de la brillance, disperser la lumière. Eminemment mélancolique, leur musique n’épouse jamais les ténèbres. « Another Sunday bright » pose à cet égard plus de questions qu’il n’y répond. Le rock s’y fait éthéré, prend ses distances. Marble Arch y traîne ses fantômes, ses inquiétudes. Les nôtres s’y logeront probablement : lorsque le miroir se tend, il ne se trouve que la peur pour refuser de faire face. « Another Sunday bright » est une invite, le reste n’est plus entre ses mains. Que le courage, face à notre vérité, fasse qu’il n’échappe pas aux nôtres.