Melvins / Lustmord
Pigs Of The Roman Empire
Ipecac / Southern
rootsindusatmorock'n'roll
2004
Après une lente intro bien sombre, atmosphérique en coups de tonnerre, que l'on retrouvera d'ailleurs en fin d'album, le bonheur de tenir un quinzième bon album des Melvins est là ! « The Bloated Pope », son rythme post-hard-core, sa guitare hurlante par-dessus, la voix de braillard sourd de King Buzzo écrasent tout. Sur « Pink Bat », des bruits radiophoniques, des sonorités indus viennent salir un peu plus (s'il était possible) le son très roots à la Mötorhead. On est à la frontière des genres, retour en arrière dans le temps, à la naissance du trash encore matiné de rock. « Zzzz Best » est le démarrage des plus frustrants, tout en retenue, du morceau suivant « safety Third ». ces deux titres sonnent comme une volonté de bataille ultime avec des cris aboyés proches de ceux de David Yow de Jesus Lizard. Puis la malice s'immisce, avec cette fois le Ministry de « Just one fix » en ligne de mire. On se dit alors qu'on assiste sans doute à la naissance du stoner industriel !
Mais, les Melvins ne sont pas là que pour maintenir en vie un rock sombre et lourd, ils prouvent une fois de plus qu'ils savent marier les genres. Alors, oui, cet album ratisse large, est hétérogène
Mais vous en connaissez beaucoup des groupes qui évitent l'étiquettage simpliste après vingt ans de carrière ? L'instrumental zen « Toadi Acceleratio » casse, de ses tintements légers, les ardeurs des esprits limités, « Idolatrous Apostate » lorgne vers des vocalises death metal pendant que les instruments se plaignent lentement en un souffle infernal et répétitif. La musique est insalubre, et cette prière infernale se placera idéalement en début de concert. Si le morceau caché ne retient pas vraiment l'attention de ses quelques notes plus calmes pour rassurer l'auditeur, la pièce maîtresse est le morceau éponyme. « Pigs Of The Roman Empire » ! C'est le chef d'œuvre absolu, une démonstration, un catalogue de ce que sont les Melvins, de ce qu'ils peuvent faire. Après un écho lointain à l'intro de l'album, la lenteur psychédélique très seventies des riffs, la création d'un univers poissant qui englue l'auditeur, des guitares nirvanesques déboulent et hachent ce qui ose encore dépasser. En bon sorcier des sons, Lustmord (Throbbing Gristle, SPK) irradie le sol saccagé : rien ne repoussera après ces vingt minutes ahurissantes. Melvins étaient là avant Nirvana (qui ne le sait ?). Avec cet album qui se place d'office en incontournable, les projets Fantômas ou encore la prochaine sortie d'une collaboration avec Jello Biaffra, on se demande qui peut réellement rivaliser avec eux.
1. III
2. The Bloated Pope
3. Toadi Acceleratio
4. Pigs Of The Roman Empire
5. Pink Bat
6. Zzzz Best
7. Safety Third
8. Idolatrous Apostate
9.Untitled + hidden track