Meshuggah
obZen
Nuclear Blast / Nocturne
mathcore
2008
Meshuggah est une énigme. Responsable d’une vision intrinsèquement alternative du genre Metal depuis une vingtaine d’années (une vision sur laquelle la croyance populaire a posé l’appellation Mathcore), la formation polyrythmique suédoise signe avec "obZen" un de ses essais les plus directs et catchy.
Toujours complexe dans la forme, la musique baisse cependant d’un ton sur ce plan sur ce nouvel album, vis-à-vis duquel les fans en attente de démonstration technique risquent de devoir accepter le fait que la formation, si elle reste dure en termes d’approche, a choisi aussi de donner davantage de lisibilité à ses structures. Le groupe originaire d’Umeå joue aussi plus volontairement sur la répétition sur "obZen", faisant de cet essai l’un de ses plus digestes depuis un bail. In fine, s’impose le constat suivant lequel "obZen" reste une très bonne porte d’entrée pour la découverte de l’univers d’une formation par nature expérimentale, à défaut d’en constituer l’essai le plus épatant sur la forme.
Quoique, quoique… il est bien dans "obZen" une volonté de rendre Meshuggah plus direct, plus… "spectaculaire". Pourquoi pas, d’ailleurs ? A-t-on encore besoin de preuves de sa vaillance mathématique ? Non, disons le tout net, et réfugions plutôt dans la contemplation de l’étrangeté, toujours là. La preuve en réside rien que dans l’apparence de l’album, que certains décrièrent à la date de sa révélation mais dont l’énigme sanguinolente interpelle. Et passé le cap de l’artwork, la forme musicale ne démérite pas, elle non plus. Au-delà de ce surprenant visuel sanglant signé Tomas Haake, il y a ces sons de guitares lorgnant vers Tool, ces leads qui recréent le potentiel atmosphérique de Meshuggah tout en prenant une pose proche de King Crimson ("Pineal Gland Optics" ou, à moindre niveau, "Pravus")…
Non, définitivement "obZen" n’est pas à négliger, même s’il ne constitue pas le palliatif le plus fort aux attentes publiques de recherche des possibles en musique. Son âpre démonstration contient quelque chose de plus directement émotionnel et physique ("Dancers to a discordant System"), digeste en somme que le plus cérébral et déjà ancien "Chaosphere" (LE chef-d’œuvre). Où comment l’histoire que raconte "obZen", est peut-être celle d’une ambition nouvelle : rendre accessible l’exigence, tout en ne renonçant à aucun fond. Une manière aussi de prouver l’humanisation possible d’un groove chaotique qui avait totalement évacué la donne émotionnelle sur le toutefois très intéressant EP "I".
La puissance de la production, elle, rend pleinement justice à une musique dont on a moins aimé les développements sur un "Catch33" ou un "Nothing" (dans sa première mouture, avant la phase "reworked"). Voici en définitive un son qui se trouve une nouvelle ampleur et qui fait de ce nouvel essai une pièce digne d’intérêt, au moins pour les principes qui, une fois encore et sans doute pour toujours, en sous-tendent le contenu : torture, saturation, et syncope faussement arythmique. Une mathématique démoniaque, un "art-science" de la perturbation.
1. Combustion
2. Electric Red
3. Bleed
4. Lethargica
5. Obzen
6. This spiteful Snake
7. Pineal Gland Optics
8. Pravus
9. Dancers to a discordant System