Mighty Sphincter


The Holy Unholy


Ghoul Agency Inc.


Deathrock


2005




Trouver des informations fiables sur Mighty Sphincter relève de la gageure. Il faut dire que, outre la diffusion extrêmement confidentielle de ses disques originaux, la formation a connu des changements de line-up permanents, de longues périodes de hiatus (la dernière ayant duré presque une dizaine d'années) et, par-dessus le marché, s'est amusé à répandre de fausses informations en cascade. Ainsi, ont-ils réussi l'énorme canular consistant à affirmer qu'Alice Cooper avait produit leur premier album, et à transformer leur page wikipedia en une espèce de gros délire pseudo-mystique rempli d'auto-complaisance duquel n'émerge absolument rien de concret.

Pour faire simple et remettre de l'ordre dans ce bordel, Mighty Sphincter est une formation originaire de Phoenix, en Arizona, qui avait à l'époque son propre label, Placebo Records. S'ils n'ont jamais dépassé un tout petit cercle de fans, leurs performances scéniques extrêmes et leurs disques tous plus dérangeants et barrés les uns que les autres ont contribué à les inscrire au panthéon des formations cultes chez les goths d'outre-atlantique. Les premiers tirages vinyles de leurs disques sont toutes épuisées, ainsi que la réedition CD de « Ghost Walking » et « New Manson Family », suite à la faillite de leur label ; mais Doug Clark, la tête pensante du groupe, vend actuellement l'intégralité ou presque de la discographie de Mighty Sphincter sur des CD-R cradingues (pochettes aux mauvaises dimensions, couleurs baveuses, tracklists dans le désordre ou incomplètes, polices pixelisées...) via un label aparemment bidon, « Ghoul Agency », distribué sur le site de Strobelight.

Venons-en désormais à l'objet de cette chronique. Initialement tiré à 113 exemplaires en 2001, « The Holy Unholy » a été réedité quatre ans plus tard en CD-R, en même temps que le reste de la discographie du groupe, avec un titre en moins cependant. C'est l'album du retour pour le groupe, qui n'avait rien sorti depuis 1993. Et le moins qu'on puisse dire, même si la formation nous est totalement inconnue par ailleurs, c'est que les « super trouducs » ont vraiment mis le paquet. C'est bien simple, si on parle de deathrock « traditionnel » (je mets volontairement de côté la Bay Area, qui est connue pour sa tendance à l'expérimentation), Mighty Sphincter n'a aucun concurrent à son niveau actuellement, pulvérisant complètement les pourtant fort sympathiques albums récents de Voodoo Church, Scarlet's Remains ou encore Screams For Tina.

A la base, la recette employée par Mighty Sphincter semble assez simple : des structures presque metal, mais des guitares extrêmement cradingues et crissantes ; des lignes de clavier à la fois cheap et grandiloquentes ; une tendance à faire tourner le tempo plutôt bas ; quelques solos dissonants vaporisés de çi de là ; et enfin, un chant d'outre-tombe, nasillard mais d'une gravité palpable. Ce qui est vraiment très fort, c'est la manière dont le groupe arrive à tisser des atmosphères aussi réussies avec un son à la limite du bootleg. L'écoute de pièces comme « Marie Laveau » ou « Vein Libations » me fait penser à ces films de Fulci où vous voyez des zombies sortir de la brume, de façon lente mais inexorable. C'est poisseux, malsain, lent, presque flippant tellement la trame de la composition est dénouée avec conviction et maîtrise. Pour un peu, on sentirait presque des bras décharnés sortir de cette brume pour nous y entraîner quand on arrive à la fin... En fait c'est ça : sur « The Holy Unholy », Mighty Sphincter applique à son deathrock des méthodes purement cinématographiques, en captant notre attention par mille et un petits détails inquiétants. Et dire que le résultat est convaincant serait un doux euphémisme.

L'album est loin d'être uniforme même si sa tonalité générale est remarquablement cohérente. Des pièces comme « Shooting Star » ou « Amazing Grace » sonnent plus urgentes, mais parviennent malgré leur côté plus direct à véhiculer d'une certaine forme de grandiloquence toute gothique ; notamment sur les envolées du chant pendant les refrains, ou encore avec ce son de guitare si caractéristique et cette basse abyssale. Et que dire de la très réussie pièce acoustique « An Angel Sleeps On My Grave », ou encore de la reprise du Blue Oyster Cült (!), « Don't Fear The Reaper » qui détonnerait totalement sur le disque si elle ne comportait pas un pont extrêmement malsain en plein milieu, comme pour nous rappeler qu'il était inutile de chercher une porte de sortie ?

Doug Clark est à mi-chemin entre l'escroc et l'authentique génie au sein de la scène deathrock. Vous pouvez aisément vous passer d'un certain nombre de ses réeditions pourries de démos inaudibles (« Stalking The Night » en tête), mais pas de ce « Holy Unholy » qui est vraiment un des disques de deathrock les plus marquants de la dernière décennie. On attend la suite avec une certaine impatience, le dernier mini-EP laissant augurer du meilleur.


1. Holy Unholy
2. Overture at the Pearly Gates
3. Vein Libations
4. Dream to Keep
5. Amazing Grace
6. Rejoice
7. Valley of the Shadow
8. Dont Fear the Reaper
9. Hear Me
10.Shooting Star
11.An Angel Sleeps on my Grave
12.Marie Laveau