Minus


The Great Northern Whalekill


Smekkleysa / One Little Indian


heavy rock somptueux


2008




Il ne manque vraiment pas grand chose à Minus pour être un très grand groupe. Prenez par exemple « Throwaway Angel », cinquième titre de cet album. Morceau tranquille au milieu de l’effervescence des autres titres, sa guitare discrètement noisy accompagne une voix belle sur un texte prenant. Les instruments jouent l’énervement sans jamais y céder et le chanteur suit sa ligne, imperturbable et fort. La même maîtrise baigne « Shadow Heart », avant-dernier titre qui bastonne lourdingue de sa section rythmique, limite pré-hard-core… Subjugué, je suis.
Preuve de puissance, leur pochette est à la fois arty et dégueulasse. Comprenons le propos, il s’agit pour ces Islandais de hurler contre la décision de leur pays de prolonger la chasse à la baleine. En illustrations, des photos sublimes de Börkur SigÞórsson montrant les plis de chair laiteuse d’une femme obèse. Les fines bouches crieront avec les loups, les esthètes un peu décalés y verront une figure maternelle, une déité naturelle symbole d’une ode à la vie dans toute sa diversité. Soulignons qu’avant d’être une pochette emblématique, le bébé nu en érection de « Nevermind » avait cette même force dérangeante, la facilité de la provoc du billet en plus.
Les montées grunge et heavy abondent (« Black And Bruised »), servies à la fois par une batterie un rien sèche et perfectible (tout est dans cette nuance : le trop parfait égare les sentiments) et par un mixage par contre au millimètre, sirènes fondues dans la masse de « Throwaway Angel », jeux gauche / droite pertinents sur « Not Afraid »… Le blues apparaît même en cerise sur une intro de morceau et « Futurist » se répète un instant sans endommager la cervelle avant de virer post-hardcore à la Fugazi… Au final, il est vrai que seuls les fans de rock dur pur jus comprendront mon attachement à ce groupe. Les Minus ne seront pas un groupe « pop » avec des tubes et sonnent comme un Nirvana resté scotché sur « Bleach ». Le style a ses fans.
Les Minus ont tourné avec Queens Of The Stone Age, groupe dont ils pourraient être le challenger. Du conditionnel, car malgré mon affection pour les Californiens, il me semble que Minus peuvent être au-dessus du groupe de Josh Homme. Là où les QOTSA composent avec les attentes du public, choisissent de surprendre et / ou de pondre des chansons, les Minus ne s’empêtrent pas de nuances : le groupe crache et joue comme s’il devait tout donner (le final cassé de « Shoot The Moon », « Weekend Lovers » qui clôt un album harassant). Bref, les Minus sont sauvages, là où QOTSA ont été domestiqués par l’habitude.

Vient le moment où on se dit que le chroniqueur s’égare et entend des voix… Je persiste, écoute après écoute : ce disque brasse large, très large et avec conviction. Con-vic-tion : le mot est lâché. Punk, heavy, early Metallica (« Rip It Up »), riffs metal-indus (« Kiss Yourself »), cette mixture a-priori trop riche prend goût dans un son identifiable et percutant.
Alors, oui, je le concède, Minus n’est pas un très grand groupe. Cet album est son quatrième, la formation a déjà dix ans d’âge et ne comblera donc pas les adeptes des groupes découverts à la source. Les paroles, touchantes, restent trop lisibles. Certains morceaux perdent en nuances ce qu’ils gagnent en fougue bordélique (« Not Afraid »). Onze titres, c’était peut-être un peu trop.
Il manque surtout à Minus un public énorme qui le pousserait dans ses retranchements. A vous de décider si vous voulez lui permettre d’entrer dans une histoire du rock. J’aurais essayé de vous en donner l’envie.


1. Cat’s Eyes
2. Black And Bruised
3. Shoot The Moon
4. Kiss Yourself
5. Throwaway Angel
6. Not Afraid
7. Rip It Up
8. Rhythm Cure
9. Futurist
10. Shadow Heart
11. Week-end Lovers