Monica Richards
InfraWarrior
Elyrian Music / Dark Dimensions / Fossil Dungeon
tribal & ritual textured spaces
2006
Monica Richards fut perçue jusqu’ici comme la muse de nombre d’hommes et de collectifs. Du dernier en date, l’américain au passé glorieux (et apparenté au genre gothique) Faith And The Muse, il se propage sur le premier album solo de Monica Richards la même verve percussive. Cette dernière fit d’ailleurs la renommée première du groupe de Monica et de William Faith, notamment sur leurs deux premiers enregistrements communs, "Elyria" et l’extraordinaire "Annwyn, Beneath The Waves".
Sur la globalité d’"InfraWarrior", l’écriture de Monica domine et bénéficie du soutien constant de William Faith. Ce dernier a enregistré et produit l’album en s’adjoignant le savoir faire épique d’un autre fidèle de Faith And The Muse au mixage, à savoir Chad Blinman. "InfraWarrior" impose un souffle moins acide que celui qu’instillaient dans l’atmosphère les guitares typiquement death rock de Wiliam Faith dans Faith And The Muse. Lorsque les guitares apparaissent sur le premier opus de la dame, elles se révèlent furieuses et métalliques, et arpentent des Rocks pour le moins évocateurs (la phase finale du terriblissime "Into my Own"). Signées ponctuellement par Fred Smith (ex-collègue de Monica au sein de Strange Boutique), elles s’offrent quelques irruptions physiques au cœur d’un ensemble marqué par la participation d’une kyrielle d’invités. En vrac, Lloyd Richards, le père de Monica, pour un spoken word sur "Gaia", précède d’autres illustres personnalités. Jarboe (ex-Swans) tout d’abord, sur "Sedna". Puis kaRIN (Collide) sur "In Answer", Lustmord sur "The Hunt", Marzia Rangel (The Deadfly Ensemble) au violoncelle sur plusieurs titres, ou encore (et arrêtons nous là) Matt Howden (collaborateur de Sol Invictus et leader de Sieben) sur "Fell to Regret". Une petite fête entre amis, en somme.
William Faith, lui, n’a franchement pas chômé. Il s’est imposé cette fois une discipline d’obéissance totale aux désirs de Monica, et a généré en tant que multi-instrumentiste (basse, guitare, percussions) les canevas acoustiques d’un grand nombre de titres. Ce modus operandi, sur la forme, garde donc un point d’ancrage avec les habitudes autocentrées de Faith And The Muse.
L’ensemble de l’album, à l’image du percussif "I am Warrior", ressemble à un rite. Les pulsations, véritables ou électroniques, jouent un rôle prééminent sur ce disque marqué par la question existentielle et l’étude des crises sociales. Monica Richards aborde ainsi une facette plus réaliste de ses préoccupations. Au cœur de tournures musicales sacrées, elle repose la question de notre rapport à la Nature, comme elle vient de le réaliser à travers le premier volume de sa nouvelle illustrée (avec le concours de James Neely) : "Anafae".
Globalement, "InfraWarrior" installe une nouvelle dynamique pour Monica sans rompre avec l’univers musical évocateur de Faith And The Muse. Ces derniers, par ailleurs, ne voient leur mort nullement programmée par l’émergence solo de Richards. Simplement, il restera de cet ensemble de titres subtils et hypnotiques le souvenir d’une progression multicolore vers un souci plus world. Ce dernier gagne très nettement du terrain sur les préoccupations rock qui germaient ci ou là dans Faith And The Muse, et qui remémoraient clairement les racines de William Faith, à travers notamment ses participations à Mephisto Walz ou au Christian Death de Rozz Williams période 1993/1994.
Monica, elle, n’a pas connu ces expériences. Elle fut une égérie gallo-américaine des scènes hardcore et punk, et survécut aux échéances Hate From Ignorance, Madhouse et Strange Boutique. Issue de ces duretés primales, sa voix poursuit la quête d’une dynamique propre et prouve sur al globalité de ce premier essai solo que l’esprit peut gagner sur les duretés de la roche.
"InfraWarrior" est une réussite, et si le panel solitaire de la dame s’avère moins explosé que le travail de Faith And The Muse, il n’en garde pas moins sa pertinence.
01. Gaia - Introduction
02. I am Warrior
03. Fell to Regret
04. In Answer
05. Into my Own
06. The Antler King
07. Sedna
08. The Hunt
09. This is not a Dream
10. Death is the ultimate Woman
11. We are the One
12. Like Animals
13. The Turnaway
14. A good Thing